Le Nigeria veut porter sa production de gaz à 10 milliards de pieds cubes par jour d’ici à 2030, contre environ 7,5 milliards actuellement. L’objectif, réaffirmé par les autorités début octobre, cherche à transformer les réserves du pays en électricité, en intrants industriels et en recettes d’exportation. Il est ambitieux, mais la hausse de la production ne suffira pas : le principal défi sera d’acheminer le gaz jusqu’aux centrales, aux usines et aux marchés capables de le valoriser.
Les réserves prouvées nigérianes figurent parmi les plus importantes d’Afrique. Les données communiquées récemment par le gouvernement les évaluent à 215 190 milliards de pieds cubes, contre 208 830 milliards lors du précédent bilan. Une ressource abondante ne devient pourtant pas automatiquement une offre disponible. Il faut des puits, des installations de traitement, des gazoducs, des contrats d’achat et des mécanismes de paiement suffisamment fiables pour justifier les investissements.
La production s’est déjà redressée par rapport aux quelque 6,8 milliards de pieds cubes par jour enregistrés en 2023. L’écart restant vers la cible officielle demeure conséquent, et le calendrier oblige à accélérer les projets sur toute la chaîne. L’approvisionnement intérieur, qui dépasse désormais deux milliards de pieds cubes par jour selon les chiffres cités par les autorités, ne représente qu’une partie de la production. L’écart entre le volume extrait et celui livré aux consommateurs révèle le poids des exportations, des pertes, du torchage et des limites de transport.
Besoins nationaux et infrastructures gazières
Les besoins nationaux sont considérables. Les centrales thermiques dépendent du gaz pour fournir une part importante de l’électricité, mais les pénuries de combustible et les contraintes du réseau contribuent aux coupures. Les fabricants ont besoin d’une énergie plus régulière pour faire fonctionner leurs équipements et rester compétitifs. Les engrais et la pétrochimie peuvent convertir le gaz en produits à plus forte valeur ajoutée, tandis que le gaz naturel liquéfié offre un débouché international. L’arbitrage entre marché intérieur et exportation influencera donc les prix et les investissements.
Le gazoduc Obiafu-Obrikom-Oben, ou OB3, est l’un des projets destinés à améliorer la circulation du gaz. Une fois les essais et les raccordements achevés, sa capacité nominale de transport pourrait atteindre deux milliards de pieds cubes par jour. Les autorités indiquent qu’il pourrait ajouter plus de 500 millions de pieds cubes par jour à l’offre du marché intérieur. Le gazoduc Ajaokuta-Kaduna-Kano, ou AKK, est annoncé comme étant proche de son achèvement. Il ouvrirait un accès accru au gaz pour le centre et le nord du pays, notamment pour les centrales et les industries.
Ces projets illustrent un point central : l’infrastructure intermédiaire détermine l’impact économique du gaz. Une canalisation achevée sur le papier doit encore être testée, raccordée à des installations opérationnelles et accompagnée de contrats d’enlèvement. Les retards dans un maillon peuvent limiter l’usage de toute la chaîne. À l’inverse, un réseau qui connecte les bassins de production aux pôles de consommation peut rendre rentables des champs jusque-là difficiles à développer.
Le financement public cherche à catalyser les capitaux privés. Le fonds d’infrastructure gazière Midstream and Downstream aurait mobilisé 671 milliards de nairas, environ 434 millions de dollars, pour accompagner 31 projets et 205 actifs. Le gouvernement estime que ces investissements pourraient attirer près de 1 600 milliards de nairas de capitaux privés et ajouter autour de 475 millions de pieds cubes standard par jour au marché intérieur lorsque les projets seront pleinement opérationnels. Ces chiffres indiquent l’ampleur du levier recherché, mais leur réalisation dépendra de l’avancement réel des projets et de la qualité de la gouvernance financière.
Investissements et conditions de l’objectif 2030
Le pays ambitionne aussi d’attirer quelque 30 milliards de dollars dans le secteur gazier d’ici à 2030. Les investisseurs évalueront la stabilité des règles, la sécurité des installations, la transparence des prix et la capacité des acheteurs à honorer leurs contrats. Pour les projets domestiques, les tarifs doivent permettre à la fois de financer les infrastructures et de rester supportables pour les consommateurs. Pour les exportations, la compétition mondiale et la disponibilité de navires et de terminaux façonnent les revenus attendus.
Le torchage et les émissions de méthane représentent un autre test. Augmenter la production sans réduire les fuites ni capter le gaz associé pourrait aggraver l’impact climatique et fragiliser la valeur des actifs. La mesure des émissions, les plans de réduction et le contrôle indépendant deviennent donc importants pour attirer des financements à long terme. La conversion du gaz en électricité, engrais ou produits chimiques peut réduire la dépendance aux importations, mais elle doit s’accompagner de normes environnementales et d’une consultation des communautés où sont implantées les installations.
Pour mesurer le progrès, la cible de 10 milliards doit être complétée par des indicateurs de livraison. Les volumes fournis au réseau électrique, aux industriels et aux ménages montreront si la croissance profite à l’économie. Les données sur le torchage, la maintenance et les retards de projets éclaireront la qualité de la production. Il faudra également suivre le prix payé par les centrales et la fiabilité de leurs approvisionnements.
Le gaz peut devenir un accélérateur de l’industrialisation nigériane, mais son potentiel dépend de la cohérence entre extraction, transport, consommation et exportation. L’objectif de 2030 ne sera crédible que si les conduites achevées se traduisent par des livraisons régulières. La ressource est là ; l’épreuve sera de construire un système qui la transforme en énergie utile, en emplois et en valeur ajoutée locale.
