Le gouvernement malien a approuvé le renouvellement de dix permis de recherche d’or, dont neuf premières prorogations et un deuxième renouvellement. La décision, prise en Conseil des ministres le 30 septembre, remet en mouvement des titres qui avaient été affectés par la suspension des renouvellements entre décembre 2022 et mars 2025. Les zones concernées se situent principalement dans les régions de Kayes, Sikasso, Bougouni et Koulikoro, au cœur de provinces minières majeures.
Le renouvellement est un signal important pour les sociétés d’exploration et pour l’administration, mais sa portée doit être bien comprise. Un permis de recherche autorise des travaux d’exploration pendant une période déterminée. Il ne constitue ni une autorisation d’exploitation, ni la preuve qu’un gisement est économiquement viable. Les premières prorogations ouvrent généralement une nouvelle période de trois ans, qui peut être renouvelée une fois conformément au cadre applicable. Les entreprises devront donc démontrer la progression de leurs travaux et satisfaire aux obligations réglementaires.
Les permis concernés avaient été attribués entre 2017 et 2022. Le gel administratif a interrompu ou compliqué la continuité des programmes d’exploration, notamment les campagnes de forage et les études géologiques. La reprise des renouvellements permet de clarifier le statut des titres et de donner aux opérateurs une visibilité nouvelle pour engager des budgets. Elle peut aussi aider l’État à disposer d’informations géologiques actualisées et à mieux préparer les décisions futures sur l’exploitation.
Renouvellement des permis et gouvernance minière
Cette clarification intervient dans un secteur central pour l’économie malienne. L’or représente une part majeure des exportations et des recettes publiques. Mais l’exploration n’a pas le même profil de risque que l’exploitation. Elle mobilise des dépenses initiales importantes, sans garantie de découverte commerciale. Les sociétés évaluent donc la stabilité juridique, les délais administratifs, l’accès aux terrains et la prévisibilité fiscale avant de déployer leurs équipes. Le renouvellement de titres est un élément de cette équation, mais pas le seul.
Parmi les périmètres concernés, certains sont associés à des sociétés telles que Robex et B2Gold. Robex prévoit d’investir environ 5,2 millions de dollars dans ses travaux d’exploration au Mali en 2026, avec quelque 8 200 mètres de forage sur le complexe de Fekola. Ces programmes visent à préciser le potentiel de zones situées près d’actifs connus. Une proximité géologique peut justifier des travaux supplémentaires, mais elle ne suffit pas à établir des réserves exploitables. Les résultats de forage, les coûts, les infrastructures et les études techniques doivent encore être consolidés.
Le retour à une procédure de renouvellement régulière peut aider les entreprises à planifier. Il offre aux communautés et aux collectivités une occasion de demander des informations sur les calendriers de travaux, les emplois temporaires, les compensations et les impacts sur l’eau ou les terres agricoles. Une exploration bien encadrée peut fournir des données et des emplois locaux, mais elle peut également générer des tensions si les autorisations sont délivrées sans consultation suffisante ou si les engagements sociaux restent imprécis.
Les autorités maliennes cherchent parallèlement à renforcer leur maîtrise du secteur. La création annoncée d’une École des mines et du pétrole ainsi que d’une structure dédiée à la recherche sur les ressources minérales traduit une volonté de développer les compétences nationales et l’expertise publique. Ces institutions pourraient améliorer l’évaluation des projets et la capacité de contrôle, à condition de bénéficier de financements, de personnels qualifiés et d’une autonomie technique.
Transparence et conditions d’une reprise durable
La reprise des renouvellements doit aussi s’inscrire dans un régime d’octroi cohérent. La transparence des cadastres, la publication des titulaires, des échéances et des obligations faciliteraient le suivi des titres et réduiraient les litiges. Les décisions devraient préciser les critères utilisés pour renouveler, les données attendues des titulaires et les sanctions en cas d’inactivité. Un calendrier administratif clair est utile autant aux investisseurs qu’aux autorités chargées de protéger l’intérêt public.
Les résultats se mesureront à moyen terme : nombre de programmes de forage réellement engagés, données géologiques produites, investissements locaux, participation de prestataires maliens et passage éventuel à des études de faisabilité. Le simple nombre de titres renouvelés ne dira pas si le secteur progresse. Il faudra aussi suivre les délais de traitement et la contribution des activités d’exploration au développement des compétences nationales.
Pour le Mali, les dix renouvellements signalent une normalisation partielle après une période de suspension. Ils peuvent relancer des travaux et restaurer une visibilité juridique, mais ils n’annoncent pas mécaniquement de nouvelles mines ni de nouvelles recettes à court terme. Le défi consiste à convertir la régularité administrative en exploration responsable, en information publique et en projets viables, tout en renforçant la part de valeur qui reste dans le pays.
