Les projets solaires hybrides de Gassi et Lamadji, développés par Qair au Tchad, ont atteint la clôture financière et reçu un premier décaissement de la Banque africaine de développement. Cette étape permet d’engager concrètement la construction de deux centrales totalisant 30 mégawatts-crête, complétées par 8 mégawattheures de stockage par batteries. Le projet doit fournir de l’électricité au réseau national dans le cadre d’un contrat d’achat à long terme avec Tchadelec.
L’annonce marque un passage important entre la préparation financière et l’exécution. Les projets ont été structurés avec l’appui de la BAD et de partenaires de financement du développement, dont Proparco, le Fonds pour l’énergie durable en Afrique (SEFA) et le Fonds vert pour le climat. Une enveloppe de 37,9 millions d’euros a été mobilisée. Une garantie partielle de risque de 8 millions d’euros vise à sécuriser le mécanisme de lettre de crédit associé aux obligations de paiement de l’acheteur public.
Deux sites, une centrale hybride et un réseau à renforcer
Les installations de Gassi et Lamadji sont conçues pour associer production photovoltaïque et batteries. Les panneaux fournissent de l’énergie solaire pendant la journée, tandis que le stockage peut aider à gérer une partie des variations de production et à mieux intégrer cette énergie au réseau. Les batteries ne remplacent pas les centrales de production en continu, mais elles apportent un outil de flexibilité utile lorsque l’ensoleillement et la demande fluctuent.
Le projet est développé par Qair, l’un des premiers producteurs indépendants d’électricité au Tchad. Le contrat d’achat d’électricité conclu sur vingt ans avec Tchadelec offre une visibilité commerciale, condition importante pour mobiliser des financements privés dans un marché où la solidité financière de l’acheteur est déterminante. La garantie partielle contribue à réduire le risque perçu par les prêteurs, sans éliminer les défis opérationnels ou les risques de construction.
L’étape du décaissement signifie que les conditions initiales du financement ont été satisfaites et que les fonds commencent à être mobilisés. Les prochaines étapes porteront sur les travaux, l’installation des équipements, leur raccordement aux postes électriques et la mise en service. Le calendrier dépendra de la livraison des panneaux et des batteries, des travaux d’interconnexion et de la capacité du réseau à recevoir la production.
Un maillon des initiatives Desert-to-Power et Mission 300
Les deux centrales s’inscrivent dans le programme Desert-to-Power de la BAD, qui vise à étendre la production solaire et l’accès à l’électricité dans le Sahel. Elles contribuent également à Mission 300, initiative conjointe de la Banque africaine de développement et du Groupe de la Banque mondiale visant à raccorder 300 millions de personnes supplémentaires en Afrique d’ici à 2030.
Pour le Tchad, ces objectifs se traduisent en un enjeu très concret : améliorer la disponibilité de l’électricité et accompagner la croissance de la demande. Les centrales solaires peuvent diversifier le parc de production et limiter une partie de la dépendance aux combustibles importés. Mais l’impact final ne se mesure pas seulement en mégawatts installés. Il dépend du nombre d’heures où l’énergie est effectivement livrée, de la continuité du réseau et de la capacité de Tchadelec à commercialiser cette production auprès des clients.
Les infrastructures de transport et de distribution restent un facteur décisif. Une centrale raccordée à un réseau contraint peut ne pas délivrer tout son potentiel. Il faudra donc suivre les travaux de raccordement, la capacité des postes, l’intégration des batteries et la gestion des pointes de consommation. La qualité de la maintenance sera aussi essentielle pour préserver la performance des équipements au-delà de la période initiale.
Le financement mixte comme levier, mais pas comme garantie de réussite
La structure financière associe prêts, financements concessionnels et garantie de risque. Ce modèle de financement mixte permet de rendre un projet acceptable pour les prêteurs tout en partageant les risques entre plusieurs institutions. Il répond à un obstacle fréquent dans les marchés émergents : les développeurs privés peuvent avoir un projet techniquement viable, mais peinent à obtenir des conditions de financement soutenables si l’acheteur public présente un risque de paiement élevé.
La garantie apporte une protection spécifique autour du mécanisme de paiement prévu au contrat ; elle ne couvre pas automatiquement tous les risques du projet. Les coûts de construction, les retards, les variations de change et les contraintes du réseau demeurent à gérer. La réussite dépendra de la coordination entre Qair, les autorités, Tchadelec et les financeurs, ainsi que de la transparence sur les obligations de chaque partie.
Le contrat de vingt ans donne un horizon d’exploitation, mais impose aussi de surveiller les coûts de l’électricité achetée et les modalités d’intégration de la production dans le portefeuille national. Pour le pays, la valeur de l’investissement doit s’apprécier au regard de la fiabilité de l’énergie, de l’accessibilité du prix final et de la contribution des projets aux objectifs d’électrification.
Du premier décaissement à l’électricité effectivement livrée
La clôture financière constitue un jalon positif, mais le bénéfice ne se matérialisera pleinement qu’à la mise en service. Les indicateurs à suivre seront l’avancement des travaux, le respect des budgets, la capacité effective des batteries, le raccordement et les volumes injectés dans le réseau. Il faudra aussi vérifier comment les nouveaux mégawatts contribuent à réduire les interruptions ou à alimenter de nouveaux clients.
Le dossier de Gassi et Lamadji montre comment les institutions financières et les producteurs privés peuvent organiser un investissement solaire dans un pays sahélien. Il révèle également que les annonces de capacité n’ont de portée économique que si l’infrastructure est construite, entretenue et intégrée au réseau. Le premier décaissement fait avancer le projet vers cette réalité, mais la mesure du succès restera l’électricité fiable, abordable et réellement distribuée aux ménages et aux entreprises tchadiens.
