L’Algérie, la Tunisie, l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne ont signé le 1er octobre à Alger une déclaration ministérielle sur le projet SoutH2 Corridor. Le document marque une nouvelle étape politique pour un projet destiné à transporter de l’hydrogène renouvelable d’Afrique du Nord vers plusieurs marchés européens. Les cinq pays prévoient de renforcer leur coopération et de structurer les travaux techniques nécessaires à la suite du projet.
L’initiative s’appuierait en partie sur des infrastructures gazières existantes, qui devraient être adaptées au transport de l’hydrogène. Les promoteurs évoquent une liaison d’environ 3 000 kilomètres et un objectif de transport pouvant atteindre quatre millions de tonnes par an vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Ces chiffres décrivent une ambition de long terme ; ils ne constituent pas encore une capacité construite ni une décision finale d’investissement.
Une infrastructure pensée entre production et demande
L’idée du corridor repose sur des atouts complémentaires. L’Algérie et la Tunisie disposent de ressources renouvelables susceptibles de soutenir une production d’hydrogène par électrolyse. Les pays européens partenaires cherchent à diversifier leurs approvisionnements en molécules bas carbone pour les usages industriels difficiles à électrifier. Le corridor pourrait relier ces ambitions par un réseau de transport traversant l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud.
La réutilisation de pipelines existants peut réduire certaines dépenses et accélérer la mise en place d’une infrastructure transfrontalière. Mais les conduites, les stations de compression et les systèmes de mesure doivent être évalués pour déterminer quelles sections peuvent être converties et quels nouveaux équipements sont nécessaires. La compatibilité des matériaux, la pression de fonctionnement, les pertes et les normes de sécurité doivent faire l’objet d’études détaillées.
Le transport n’est qu’un maillon de la chaîne. Pour fournir de l’hydrogène vert à grande échelle, il faut construire des centrales renouvelables, installer des électrolyseurs, sécuriser l’approvisionnement en eau et organiser le stockage. Il faut aussi garantir des acheteurs à long terme, à des prix capables de couvrir les investissements et de concurrencer les solutions disponibles. Ces conditions déterminent la rentabilité de la production comme celle du corridor.
Une déclaration politique avant les décisions financières
La signature à Alger renforce la coordination entre les cinq pays et prévoit un cadre de coopération technique. Elle peut aider à harmoniser les études et à rapprocher les autorités et les entreprises concernées. Toutefois, elle ne fixe pas à elle seule le partage des coûts, les volumes contractés, les tarifs de transport ou la répartition de la valeur entre pays producteurs et pays de transit.
Ces questions sont centrales pour l’Algérie et la Tunisie. Les bénéfices ne devraient pas se limiter aux exportations d’une nouvelle ressource énergétique. Le développement d’une filière locale peut créer des emplois, soutenir la fabrication et les services, améliorer l’approvisionnement en électricité et renforcer les compétences dans l’ingénierie. Les investissements dans la production renouvelable peuvent aussi contribuer à diversifier les systèmes énergétiques domestiques.
La disponibilité de l’eau sera un enjeu majeur pour l’électrolyse dans des régions où les ressources hydriques sont déjà sollicitées. Les projets devront démontrer comment ils limiteront la pression sur les usages locaux, en privilégiant des solutions adaptées aux territoires et en publiant les besoins prévus. Les retombées économiques et environnementales devraient être évaluées dès la phase de conception.
Le corridor à l’épreuve de la demande réelle
La demande européenne d’hydrogène dépendra des politiques industrielles, des infrastructures et de la compétitivité par rapport à d’autres carburants bas carbone. Les acheteurs recherchent une énergie fiable, certifiée et disponible à un prix prévisible. Des contrats d’achat de long terme peuvent aider à financer les installations, mais ils exigent une définition commune des normes et de l’origine renouvelable de la production.
Les prochaines étapes devraient préciser le tracé, le calendrier, les coûts, les règles de certification et les modalités de gouvernance. Des études de faisabilité complètes devront aussi intégrer les infrastructures nationales de production et les raccordements transfrontaliers. Enfin, des mécanismes de financement doivent répartir le risque entre gouvernements, entreprises, banques de développement et acheteurs.
SoutH2 devient ainsi un projet de coopération énergétique qui relie stratégie industrielle et échanges entre les deux rives de la Méditerranée. La déclaration d’Alger constitue une avancée institutionnelle, mais la crédibilité du corridor se mesurera aux décisions qui suivront : projets renouvelables financés, réseaux adaptés, contrats d’achat et bénéfices locaux démontrables. Les ambitions de volume ne prendront forme que si chaque maillon de cette chaîne progresse en même temps.
