Le Sénégal veut porter à 40 % la part des énergies renouvelables dans sa capacité électrique installée d’ici à 2030. Rappelée le 16 octobre à Kolda lors d’une rencontre consacrée au Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP), cette ambition place une question concrète au premier plan : comment transformer une cible nationale en électricité fiable, accessible et utile aux territoires qui restent les moins bien desservis ?
La distinction entre capacité installée et électricité réellement produite compte. Le chiffre de 40 % concerne la puissance des équipements raccordés au système, et ne signifie pas que quatre kilowattheures sur dix consommés en 2030 proviendront nécessairement du solaire, de l’éolien ou de l’hydraulique. La production dépendra du fonctionnement des centrales, de la disponibilité des ressources, du réseau, du stockage et de la manière dont la demande évolue. Sans ces précisions, la cible peut être mal interprétée comme une part déjà acquise de l’approvisionnement.
Une ambition nationale confrontée aux réalités locales
À Kolda, les intervenants ont souligné le contraste entre les perspectives nationales et les difficultés quotidiennes d’accès. Le directeur de l’Agence régionale de développement a estimé le taux de couverture énergétique de la région à 11,7 %, tandis que le taux de pauvreté atteint 62,5 %. Ces chiffres, présentés lors de la réunion, ne décrivent pas à eux seuls la qualité du service ni le nombre d’heures d’alimentation, mais ils signalent l’ampleur du défi pour les ménages et les activités économiques.
Le Fouladou dispose pourtant de ressources renouvelables qui pourraient soutenir une production décentralisée. Leur valorisation demande de sélectionner des projets adaptés aux besoins locaux : mini-réseaux, installations solaires pour les services publics, alimentation des activités agricoles et artisanales, ou renforcement des lignes qui relient les localités au réseau national. Une centrale construite dans une région ne garantit pas automatiquement que ses habitants bénéficieront d’un meilleur service. Les raccordements, les tarifs, la maintenance et la capacité des réseaux à absorber la production déterminent aussi les retombées.
La pression sur les ressources naturelles complique l’équation. Les responsables régionaux ont indiqué que la biomasse, essentielle pour de nombreuses familles, avait diminué de 56 % en quatorze ans. Cette estimation doit être rapprochée des usages locaux et des méthodes de mesure, mais elle met en lumière le lien entre précarité énergétique, déforestation et coût des combustibles domestiques. Une transition juste doit donc proposer des solutions accessibles pour la cuisson et les usages productifs, et pas seulement substituer une source de production électrique à une autre.
Le JETP doit préciser les moyens et le calendrier
Le JETP, partenariat conclu par le Sénégal avec plusieurs partenaires internationaux, vise à accompagner une évolution du système énergétique en mobilisant des financements, des investissements et une coopération technique. La réunion de Kolda avait pour objectif de faire connaître le dispositif et de recueillir les priorités territoriales. Elle ne constitue pas, à elle seule, l’annonce de nouveaux financements pour la région. Cette distinction est importante : les consultations permettent d’identifier les besoins, mais les projets doivent ensuite disposer d’études, de responsables, de budgets et d’un calendrier d’exécution.
Pour les collectivités, l’enjeu est d’être associées avant que les choix d’investissement ne soient arrêtés. Les besoins d’une région rurale peuvent différer de ceux des grands centres urbains : raccordements plus coûteux, dispersion de l’habitat, besoin de pompage pour l’agriculture, alimentation des structures de santé et des écoles, ou fragilité des revenus face aux tarifs. Le dialogue territorial peut améliorer la conception des programmes si les demandes exprimées sont converties en projets documentés et si les collectivités savent ensuite suivre leur réalisation.
Le financement devra également couvrir les réseaux et les équipements d’intégration, souvent moins visibles que les centrales. Une part croissante de solaire et d’éolien exige une planification du réseau, des dispositifs de flexibilité, des solutions de stockage et des procédures de raccordement cohérentes. L’addition de capacités sans investissements correspondants dans le transport et la distribution peut créer des congestions, des pertes ou des périodes où l’électricité disponible ne parvient pas jusqu’aux consommateurs.
Mesurer la transition par le service rendu
La progression vers 2030 gagnerait à être suivie au moyen d’indicateurs publics qui distinguent la puissance renouvelable installée, la production effective, les capacités raccordées, les interruptions et l’accès des ménages. Des données ventilées par région aideraient à vérifier si les investissements réduisent les écarts territoriaux. Elles permettraient aussi de comparer les engagements financiers annoncés, les montants effectivement décaissés et les infrastructures mises en service.
La justice énergétique dépend enfin de la répartition des coûts et des bénéfices. La création d’emplois locaux, la formation de techniciens, la participation des entreprises sénégalaises et la capacité à entretenir les équipements sur la durée donnent une dimension économique aux projets. Sans ces retombées, la transition pourrait accroître la capacité de production tout en laissant les communautés d’accueil avec peu de bénéfices directs.
La cible de 40 % donne un cap politique lisible, mais son succès se jugera dans les territoires. À Kolda, l’écart entre le taux de couverture rapporté et le niveau de pauvreté rappelle qu’une politique énergétique ne peut se limiter à la composition du parc de production. Le défi consiste à relier les nouvelles capacités à des réseaux robustes, des services abordables et des usages productifs. Le JETP pourra jouer un rôle structurant si les échanges régionaux débouchent sur des investissements vérifiables et si les progrès sont mesurés non seulement en mégawatts, mais aussi en accès réel et en qualité de service.