Les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) de la Mauritanie ont atteint environ 603 000 tonnes au troisième trimestre 2026, soit 16 % de plus qu’à la même période de l’année précédente. Cette hausse confirme l’accélération des ventes depuis le démarrage des expéditions du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec le Sénégal. Elle doit toutefois être lue avec une nuance : les volumes du trimestre ont reculé par rapport au deuxième trimestre, et septembre a enregistré une légère baisse sur un an.
Une progression annuelle portée par GTA
Entre juillet et septembre, les cargaisons mauritaniennes ont représenté environ 603 000 tonnes, contre 521 000 tonnes au troisième trimestre 2025. L’écart atteint 82 000 tonnes. Sur les neuf premiers mois de 2026, les exportations se sont élevées à près de 1,97 million de tonnes, contre 823 000 tonnes sur la même période de l’année précédente. La progression cumulée dépasse ainsi 139 %.
La comparaison annuelle traduit en partie la montée en régime d’une filière encore récente. La Mauritanie a commencé à exporter du GNL au début de 2025, à partir du champ offshore GTA. Le gaz est traité et liquéfié en mer par une installation flottante dont la capacité opérationnelle annoncée est de 2,5 millions de tonnes par an. Les données du troisième trimestre témoignent donc d’un niveau d’expédition nettement supérieur à celui de la première année d’activité, mais elles ne signifient pas que le pays a déjà atteint un rythme stable ou une production annuelle garantie.
Le recul trimestriel rappelle la volatilité des cargaisons
La hausse de 16 % compare deux mêmes trimestres. Sur une base séquentielle, les exportations ont diminué de plus de 9 % par rapport au deuxième trimestre 2026. En septembre, les volumes ont aussi reculé de 0,5 % par rapport à septembre 2025, première baisse mensuelle en glissement annuel depuis le lancement des exportations. Ces mouvements ne suffisent pas à conclure à une inversion de tendance, mais ils montrent que les livraisons peuvent varier sensiblement d’un trimestre à l’autre.
Pour un projet offshore, le calendrier des cargaisons dépend de plusieurs facteurs : rythme de production des puits, disponibilité de l’unité flottante, opérations de maintenance, contraintes logistiques et dates d’enlèvement par les acheteurs. Les chiffres d’exportation mesurent les volumes expédiés au cours d’une période donnée. Ils ne doivent pas être confondus avec la capacité nominale annuelle, la production brute du champ ou les volumes attribués séparément à chacun des deux pays partenaires.
Cette distinction est particulièrement importante pour GTA. Le gisement et ses infrastructures sont développés conjointement par la Mauritanie et le Sénégal. La liquéfaction offshore permet d’acheminer le gaz vers les marchés internationaux sous forme de cargaisons maritimes, mais la répartition des volumes et des revenus répond à des arrangements propres au projet. Une progression des exportations depuis la Mauritanie ne signifie donc pas que l’intégralité des recettes ou des volumes du projet lui revient.
La Chine et le Bangladesh parmi les principaux acheteurs
La composition des destinations a évolué au troisième trimestre. La Chine a été le premier débouché, avec environ 152 000 tonnes réparties sur deux cargaisons. Le Bangladesh a reçu près de 135 000 tonnes, devant l’Italie, autour de 122 000 tonnes, et l’Égypte, environ 76 000 tonnes. Les autres marchés ont absorbé près de 119 000 tonnes. La Chine et le Bangladesh ont ainsi concentré près de 48 % des exportations du trimestre.
Cette répartition illustre la capacité du GNL à atteindre des marchés éloignés et à adapter les destinations en fonction des contrats et des besoins. Elle souligne aussi l’importance de ne pas dépendre d’un nombre trop restreint d’acheteurs. La présence de clients européens, asiatiques et africains élargit les débouchés, mais la concentration observée chez les deux premiers importateurs constitue un indicateur à suivre au fil des prochains trimestres.
La diversification des destinations peut contribuer à la résilience commerciale, à condition que les cargaisons puissent être vendues dans des conditions compétitives. Les coûts de liquéfaction, de transport maritime et de regazéification s’ajoutent au prix du gaz. La valeur captée par les producteurs dépend donc non seulement des tonnages exportés, mais également des contrats de vente, des prix convenus et de la régularité des livraisons.
Des retombées économiques qui dépendront de la durée
La hausse des expéditions intervient alors que la Mauritanie cherche à faire du gaz un moteur de croissance et de recettes extérieures. Des ventes plus élevées peuvent soutenir les entrées de devises et renforcer le poids du secteur énergétique dans l’économie. Cependant, une forte augmentation par rapport à une base encore faible ne suffit pas à mesurer les retombées durables. Il faudra observer l’évolution des volumes sur plusieurs années, les recettes effectivement perçues par l’État et la part des activités qui bénéficie aux entreprises et aux travailleurs locaux.
Les gains à long terme dépendront également de la capacité à convertir le projet offshore en retombées nationales. Cela passe par la formation, l’accès des fournisseurs locaux aux marchés, la transparence des revenus et l’investissement dans les infrastructures. Le développement de GTA étant transfrontalier, la coordination entre Nouakchott et Dakar sera déterminante pour organiser la gestion du projet et la valorisation de ses ressources.
La prochaine étape : confirmer un rythme d’exportation régulier
Les résultats du troisième trimestre confirment une hausse nette par rapport à 2025 et une progression marquée sur les neuf premiers mois de l’année. Mais le recul par rapport au trimestre précédent et le léger repli de septembre rappellent que la trajectoire n’est pas linéaire. L’indicateur décisif sera la capacité du projet à maintenir un niveau élevé de livraisons tout en assurant la fiabilité des installations flottantes.
Pour la Mauritanie, l’enjeu ne se limite pas à accroître les tonnages. Il consiste à stabiliser les exportations, à préserver la compétitivité du GNL de GTA sur des marchés éloignés et à transformer cette activité en revenus et en capacités économiques durables. La hausse annuelle constitue un signal encourageant; la régularité des cargaisons et la qualité des retombées permettront d’en mesurer la portée réelle.
