Le fournisseur chinois Jinko ESS a annoncé un accord portant sur la livraison de 34 systèmes de stockage SunGiga G2 Plus, pour une capacité cumulée de 18 mégawattheures, à un projet de télécommunications au Mali. L’entreprise n’a pas révélé le nom de son partenaire, le montant du contrat ni les sites concernés. Le volume annoncé marque néanmoins une nouvelle étape dans l’électrification des infrastructures numériques du pays, où les opérateurs cherchent à limiter la dépendance aux groupes électrogènes alimentés au diesel.
Pour les réseaux mobiles, l’énergie est une condition de continuité de service et un poste de coût majeur. Les antennes éloignées des réseaux électriques nationaux utilisent fréquemment des générateurs thermiques, qui nécessitent des livraisons régulières de carburant, de la maintenance et des stocks de sécurité. Les solutions solaires assorties de batteries peuvent diminuer les heures de fonctionnement des moteurs et améliorer la disponibilité du réseau, surtout lorsque l’approvisionnement en carburant ou l’électricité du réseau sont incertains.
Un contrat dont les détails restent à préciser
Les 34 systèmes annoncés totalisent 18 MWh, soit une moyenne arithmétique d’environ 0,53 MWh par unité si la capacité est répartie également. Cette moyenne ne permet pas de connaître la configuration réelle : les systèmes peuvent être dimensionnés selon la consommation, la puissance et les contraintes de chaque site. Le fabricant ne précise ni si le contrat prévoit des panneaux solaires, ni le nombre de tours concernées, ni les délais de livraison et de mise en service. Il serait donc prématuré d’en déduire une quantité de diesel économisée ou une réduction chiffrée des émissions.
La mise en œuvre dépendra de l’intégration des batteries aux équipements existants, de la qualité des installations photovoltaïques et de la gestion de leur cycle de charge. Dans un climat chaud, la température ambiante peut accélérer le vieillissement des cellules et accroître les besoins de refroidissement. La maintenance locale, la disponibilité des pièces et la formation des équipes télécoms seront essentielles pour maintenir la performance. Un déploiement à grande échelle exige aussi un suivi des économies réellement obtenues par rapport aux générateurs.
Le diesel pèse sur l’économie des tours mobiles
Cette annonce s’inscrit dans une évolution plus large du secteur. Une analyse continentale publiée en 2025 estimait qu’environ 70 % des 500 000 tours télécoms africaines dépendaient du diesel. Pour les sites isolés, le carburant pouvait représenter de 30 à 60 % des dépenses d’exploitation. Ces ordres de grandeur ne décrivent pas spécifiquement le Mali, mais illustrent la pression économique que les opérateurs cherchent à réduire par l’hybridation énergétique.
Le solaire et le stockage offrent plusieurs avantages possibles : une baisse de la consommation de carburant, moins de déplacements pour le ravitaillement, une réduction du bruit et des émissions locales, et une meilleure autonomie pendant les coupures. Les bénéfices dépendent toutefois du profil de consommation de chaque antenne et du coût initial du système. Une batterie mal dimensionnée ou insuffisamment entretenue peut entraîner une performance inférieure aux attentes et maintenir une dépendance au générateur.
Le Mali avait déjà attiré des financements pour ce segment. En mars 2025, Norfund et la Facility for Energy Inclusion ont conclu un financement de 40 millions de dollars en faveur de Communication and Renewable Energy Infrastructure (CREI), société spécialisée dans les actifs et solutions énergétiques pour les télécommunications. L’accord devait soutenir le déploiement de systèmes associant panneaux solaires et batteries sur des sites du pays. En novembre 2025, la Société financière internationale et la Banque ouest-africaine de développement ont annoncé 80 millions d’euros de prêts pour moderniser et étendre le réseau d’Orange Mali, avec notamment le remplacement de groupes électrogènes par des équipements solaires.
Les télécommunications comme marché pour l’énergie décentralisée
Le secteur télécom constitue un client potentiel relativement identifiable pour les systèmes solaires autonomes. Les antennes ont des besoins énergétiques réguliers et peuvent être réparties sur des territoires où l’extension du réseau électrique est coûteuse. Cette demande peut soutenir des modèles de fourniture d’énergie à long terme, dans lesquels des opérateurs spécialisés installent et exploitent les systèmes pour le compte des sociétés de télécommunications.
Pour les opérateurs mobiles, une partie de l’intérêt tient à la prévisibilité des dépenses. Les coûts de carburant sont exposés aux prix internationaux, aux frais de transport et aux ruptures d’approvisionnement. Une solution hybride transforme une partie de cette dépense récurrente en investissement initial, avec des coûts de remplacement des batteries à intégrer sur leur cycle de vie. Les décisions d’achat doivent donc comparer le coût total sur plusieurs années plutôt que le seul prix d’acquisition du matériel.
À l’échelle nationale, l’effet sur la connectivité dépendra du nombre de sites équipés et de leur contribution à la couverture, en particulier en dehors des grands centres urbains. Une alimentation plus fiable peut réduire les interruptions de réseau et renforcer la qualité des services numériques, mais elle n’améliore pas automatiquement la capacité de transmission ni l’accessibilité financière des abonnements.
Mesurer les résultats au-delà de la capacité installée
L’accord de Jinko ESS confirme l’intérêt croissant pour le stockage dans les infrastructures de télécommunications maliennes. Pour apprécier sa portée, il faudra connaître le nombre de sites réellement équipés, la part de l’énergie solaire, les heures de générateur évitées, les économies d’exploitation, la disponibilité des antennes et la durée de vie des batteries. La publication de ces données permettrait de distinguer une annonce de fourniture d’un changement durable du modèle énergétique des réseaux mobiles.
Le contrat peut contribuer à structurer un marché local de solutions décentralisées et à réduire l’exposition au diesel. Son impact dépendra toutefois de la qualité de l’installation, de la maintenance et de l’intégration aux réseaux télécoms. Dans un secteur où la continuité de service est essentielle, la valeur d’un système de stockage se mesure autant à sa fiabilité qu’à sa capacité nominale.
