La National Oil Corporation (NOC) a annoncé l’entrée en production du champ gazier d’Al-Rashad, au sud de Brega. L’installation peut fournir jusqu’à 50 millions de pieds cubes par jour, selon la compagnie publique. Le volume réellement produit n’a pas été communiqué. Cette mise en service renforce l’effort libyen pour sécuriser l’approvisionnement des centrales électriques et des industriels, mais son effet sur l’offre disponible dépendra de la montée en régime du champ et de la capacité du réseau à acheminer le gaz.
Un démarrage à distinguer de la production effective
Annoncée le 25 octobre, la mise en production d’Al-Rashad ajoute une nouvelle source d’approvisionnement au système gazier libyen. Le champ se situe au sud de Brega, dans une zone où les infrastructures énergétiques jouent un rôle important pour alimenter le marché intérieur. La NOC indique que le gaz est destiné notamment aux centrales électriques et aux installations industrielles.
La capacité maximale mentionnée, 50 millions de pieds cubes par jour, doit être distinguée du niveau de production effectivement atteint. La compagnie n’a pas publié de chiffre de débit après le démarrage. La différence compte pour apprécier la contribution immédiate du champ : la capacité installée décrit un potentiel technique, tandis que le volume livré dépend de la montée en régime, de la disponibilité des équipements, de la qualité du gaz et de son acheminement jusqu’aux consommateurs.
Pour les pouvoirs publics libyens, le développement de l’offre gazière répond à une double priorité. Il s’agit d’assurer l’alimentation des centrales dans un système électrique fortement dépendant du gaz et de fournir une énergie régulière à l’industrie. Un approvisionnement plus prévisible peut réduire la pression sur les installations existantes et soutenir l’activité économique, à condition que la production additionnelle parvienne jusqu’aux points de consommation.
La cible de la NOC repose sur plusieurs chantiers
La NOC a fixé un objectif de production de 4 milliards de pieds cubes par jour au cours des trois à cinq prochaines années, contre environ 2,5 milliards actuellement selon les chiffres officiels cités par l’entreprise. Al-Rashad contribue à cette trajectoire, mais ne peut à lui seul combler l’écart. La cible nationale dépendra de l’avancement de plusieurs projets, de l’accès aux investissements et de la capacité à maintenir les actifs déjà en service.
Le portefeuille libyen associe en effet plusieurs types d’intervention. La NOC travaille à récupérer du gaz qui serait autrement brûlé à la torchère, à développer de nouveaux champs et à prolonger la production des installations existantes. Au large, deux découvertes situées au sud de Bahr Essalam ont été estimées à plus de 1 000 milliards de pieds cubes. Leur mise en valeur n’a pas commencé. La NOC a évoqué une contribution potentielle de 130 millions de pieds cubes par jour lorsque ces ressources seraient développées.
Sur le champ de Bouri, le projet de valorisation du gaz vise à récupérer environ 100 millions de pieds cubes par jour. Eni a annoncé la finalisation du projet le 19 octobre, selon les informations disponibles. À Bahr Essalam, le projet de compression Sabratha doit compenser la baisse naturelle de pression et contribuer à préserver les volumes produits. Eni estime que cette installation pourrait permettre de récupérer environ 800 millions de mètres cubes de gaz par an.
La valorisation des ressources existantes compte aussi
Ces chantiers illustrent une stratégie à plusieurs leviers : accroître les nouvelles capacités, réduire le torchage et ralentir le déclin des gisements matures. Cette approche peut apporter des volumes plus rapidement que le développement d’un grand champ entièrement nouveau, mais elle requiert une coordination entre opérateurs, infrastructures et calendrier d’investissement. Les annonces de capacité ne doivent donc pas être additionnées mécaniquement comme si chaque volume était déjà disponible pour le réseau.
La priorité du marché intérieur crée un autre enjeu. Les centrales électriques absorbent une part importante du gaz produit, particulièrement lorsque les besoins d’électricité augmentent. Les projets industriels sont également dépendants d’un approvisionnement stable. Si la production ne suit pas la demande, la concurrence entre usages peut limiter les volumes exportables et peser sur la disponibilité pour les producteurs locaux.
Le réseau déterminera la contribution réelle
Le réseau de transport et les installations de traitement joueront un rôle aussi important que la production en tête de puits. Pour transformer le potentiel d’Al-Rashad en service fiable, il faudra maintenir les équipements, garantir la qualité du gaz et assurer une connexion fonctionnelle aux consommateurs. La régularité des livraisons, davantage que le seul chiffre de capacité maximale, déterminera l’impact du champ sur l’électricité et l’industrie.
La mise en service d’Al-Rashad constitue ainsi une avancée concrète pour le portefeuille de la NOC. La prochaine information décisive sera le niveau de production atteint après le démarrage et sa contribution réelle au réseau. Si le champ tient son objectif et s’inscrit dans une progression coordonnée des autres projets, il pourra soutenir la sécurité énergétique nationale. L’ambition libyenne de croissance gazière dépendra toutefois de la capacité à convertir simultanément les découvertes, la récupération du gaz torché et la maintenance des actifs existants en volumes réguliers.
