La Société nationale d’électricité de la République démocratique du Congo cherche à concilier deux urgences : assainir une situation financière fragilisée par l’endettement et financer de nouvelles infrastructures. Des échanges avec six institutions internationales ont ouvert une piste, mais aucun accord de restructuration ni financement n’a encore été annoncé. La crédibilité du plan dépendra de sa capacité à transformer les discussions en projets bancables et en amélioration tangible du service.
Un passif qui pèse sur les opérations
Des représentants de la SNEL ont rencontré le 21 octobre à Dubaï des institutions financières, dont JPMorgan, HSBC, Standard Chartered, Absa Group, Dubai Islamic Bank et EXIM Bank of India. La réunion, organisée avec Invest Africa, portait sur la restructuration de la dette de l’entreprise publique et sur les besoins de financement de ses projets de production et de transport d’électricité. Le directeur général, Teddy Lwamba, a présenté quatre projets d’infrastructure sans en détailler publiquement la liste dans sa communication.
Cette démarche intervient alors que la SNEL doit à la fois maintenir ses actifs existants et augmenter les capacités disponibles. Le réseau congolais fait face à des besoins de production, de transport et de distribution importants, tandis que l’accès à l’électricité reste insuffisant dans de nombreuses régions. Une situation financière contrainte limite la marge de l’opérateur pour engager des investissements, absorber les coûts d’entretien et régler ses fournisseurs dans des délais compatibles avec la continuité du service.
Le poids de la dette est un enjeu de bilan, mais aussi une contrainte opérationnelle. Le Compact énergétique national publié en 2025 évaluait l’endettement de la SNEL à plus de 3 milliards de dollars. Ce chiffre, repris comme référence dans les informations disponibles, n’est pas un encours actualisé à octobre 2026. La composition de cette dette est également hétérogène : elle comprend des engagements financiers, commerciaux, fiscaux et sociaux. Les mesures de traitement devront donc distinguer les créanciers et les échéances, plutôt que de viser un montant global sans préciser les obligations concernées.
Rééchelonner la dette ne suffit pas à restaurer la confiance
Le gouvernement congolais s’est engagé à restructurer les dettes financières et commerciales, qui représentaient ensemble environ 88 % du total selon le même document. Parmi les options envisagées figure le rachat d’une partie de la dette intérieure avec l’appui de partenaires techniques et financiers. Une étude sur les modalités de restructuration devait être finalisée avant la fin de 2026, tandis que l’entreprise vise la couverture de l’intégralité de ses coûts opérationnels d’ici à 2029.
La restructuration pourrait améliorer la capacité d’emprunt et libérer des ressources, mais elle ne produit pas automatiquement de nouveaux investissements. Elle doit préciser qui supporte le coût, comment les échéances sont rééchelonnées, quelles garanties sont mobilisées et quelles réformes accompagnent le plan. Les créanciers voudront apprécier la qualité de la gouvernance financière, le recouvrement des factures et la visibilité des flux de revenus. Pour la SNEL, la transparence des données et la prévisibilité des paiements seront déterminantes pour rétablir la confiance des fournisseurs et des bailleurs.
Les discussions de Dubaï ont aussi permis de présenter des opportunités d’investissement dans plusieurs segments : hydroélectricité, solaire photovoltaïque, batteries, interconnexions régionales, réseaux de transport et comptage numérique. Trois projets hydroélectriques ont été mis en avant : Luapula, envisagé à 800 MW pour 1,68 milliard de dollars ; Kibombo, à 246 MW pour 662 millions ; et Wanie Rukula, à 688 MW pour 3,4 milliards. Ensemble, ils représentent 1 734 MW de capacité projetée et près de 5,74 milliards de dollars d’investissement estimé.
Des projets chiffrés, mais encore à structurer
Un portefeuille d’environ 4 milliards de dollars de projets solaires a également été évoqué. Ces montants donnent une mesure des besoins, mais ils ne correspondent ni à des financements mobilisés ni à des décisions finales d’investissement. Les projets devront franchir des étapes de préparation : études de faisabilité, structuration juridique, contrats d’achat d’électricité, raccordement au réseau, évaluation des risques et accords avec les financeurs. La capacité de la SNEL à préciser ces conditions sera essentielle pour distinguer les opportunités présentées des projets réellement prêts à être exécutés.
La production supplémentaire n’aura d’effet durable que si les lignes de transport et les postes peuvent acheminer l’électricité vers les consommateurs. Le développement de nouvelles centrales doit donc s’accompagner de renforcements du réseau, d’interconnexions et d’outils de mesure qui réduisent les pertes et améliorent la facturation. Sans cette cohérence, une hausse de la capacité installée peut ne pas se traduire par une desserte plus fiable ni par des recettes suffisantes pour financer l’entretien.
L’électricité livrée dépend aussi du réseau
La SNEL devra également rendre compte des résultats attendus au-delà des montants annoncés. Des indicateurs de recouvrement, de pertes techniques et commerciales, de disponibilité des équipements et de qualité de desserte permettraient de suivre l’effet d’une restructuration. Ils aideraient aussi à établir le lien entre les financements apportés et les améliorations pour les ménages et les entreprises.
Les échanges avec les banques constituent ainsi une première étape, pas l’aboutissement du plan. La prochaine séquence devra clarifier l’état réel de la dette, les conditions proposées aux créanciers et le calendrier des projets susceptibles d’être financés. Si ces éléments sont réunis, l’opération peut aider à remettre en mouvement l’investissement électrique congolais. Sans eux, la restructuration restera une intention financière, éloignée de l’objectif essentiel : un réseau mieux entretenu et un service plus fiable.
