La Tunisie pourrait rapprocher ses futurs projets d’hydrogène vert du corridor du gazoduc Transmed afin de limiter les coûts de transport et d’exportation. Cette piste a été avancée par l’expert en énergie Imed Derouiche lors de la conférence Energy World 2026, organisée à Amsterdam les 26 et 27 octobre.
Le Transmed relie l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire tunisien. Selon Derouiche, des sites comme Haouaria, Zriba, Sbikha et Fériana pourraient être étudiés pour accueillir des unités de production, en raison de leur proximité avec l’infrastructure existante. L’objectif serait de réduire le besoin de construire de nouveaux équipements de transport, souvent coûteux.
Une infrastructure à évaluer avant toute conversion
La proximité d’un gazoduc ne garantit toutefois pas qu’il puisse transporter de l’hydrogène. Les matériaux, les équipements de compression, les règles de sécurité et les modalités d’exploitation doivent être évalués avant d’envisager un usage adapté ou un mélange avec le gaz naturel. L’expert a ainsi insisté sur la nécessité de vérifier l’état de préparation du Transmed et sa compatibilité technique.
Le choix des sites doit également intégrer les coûts de production renouvelable, les besoins des futurs clients et l’accès au réseau. Le potentiel solaire du sud tunisien constitue un atout, mais ne suffit pas à garantir la viabilité économique d’un projet exportateur.
L’eau, autre condition de faisabilité
La production d’hydrogène par électrolyse nécessite de l’eau, ressource déjà sous pression dans plusieurs régions tunisiennes. Derouiche a appelé à protéger les besoins des populations, de l’agriculture et des écosystèmes. Il a aussi mis en garde contre le dessalement lorsqu’il s’accompagne de rejets de saumure susceptibles d’affecter les milieux marins.
Cette dimension rappelle que l’industrialisation de l’hydrogène doit être évaluée sur l’ensemble de son empreinte : énergie, eau, infrastructures, financement et retombées locales. Une coordination avec l’Algérie et les partenaires européens pourrait faciliter les études et les débouchés, mais ne remplace pas une analyse projet par projet.
Passer de l’idée à une stratégie coordonnée
L’expert a également proposé la création d’un Conseil tunisien de l’hydrogène vert pour coordonner les projets, suivre les dossiers de financement et d’infrastructure et évaluer les conditions d’exportation. Au-delà du volume d’investissements annoncés, la réussite de la filière se mesurera à sa rentabilité, à la création d’emplois qualifiés et à la valeur ajoutée retenue dans l’économie nationale.
Le Transmed peut donc constituer un axe d’étude pertinent. Sa contribution dépendra toutefois de sa compatibilité, des coûts de conversion et de transport, de la disponibilité de l’eau et de contrats commerciaux capables de sécuriser les investissements.
