Le Soudan du Sud a franchi une nouvelle étape vers son intégration électrique régionale. Le 27 octobre 2026, les autorités et la Banque africaine de développement (BAD) ont marqué à Juba le lancement technique du projet d’interconnexion avec l’Ouganda, évalué à 267 millions de dollars par le ministère sud-soudanais des Finances et de la Planification.
L’objectif est de relier le réseau sud-soudanais au système électrique ougandais, afin de diversifier l’approvisionnement et de réduire la dépendance à une production coûteuse reposant largement sur le diesel. Le projet s’inscrit aussi dans une ambition plus vaste : connecter le pays au Pool énergétique de l’Afrique de l’Est et faciliter les échanges d’électricité entre voisins.
Une ligne de 299 kilomètres vers Juba
Le principal ouvrage prévu est une ligne de transport à 400 kilovolts, longue d’environ 299 kilomètres. Elle doit relier Olwiyo, dans le nord de l’Ouganda, à Gumbo, près de Juba, en passant par Nimule, ville frontalière où l’électricité importée d’Ouganda a déjà commencé à être acheminée. Le programme comprend également de nouvelles sous-stations, la mise à niveau d’équipements existants et des extensions de réseaux de distribution.
La liaison doit transporter l’électricité jusqu’à la capitale et à d’autres centres de consommation. Son intérêt ne se limite donc pas à l’achat d’énergie à l’étranger : il suppose de renforcer les infrastructures nationales capables de recevoir, d’acheminer et de distribuer les volumes importés. Sans ces équipements complémentaires, la capacité de la ligne ne se traduira pas automatiquement par un meilleur accès pour les ménages et les entreprises.
Un investissement régional, plusieurs sources de financement
Le coût annoncé par le ministère sud-soudanais atteint 267 millions de dollars. La BAD, par l’intermédiaire du Fonds africain de développement, avait approuvé en décembre 2024 un financement de 153,66 millions de dollars : 119,21 millions sous forme de prêt pour l’Ouganda, 32,50 millions de don pour le Soudan du Sud et 1,95 million de don destiné à l’Initiative du bassin du Nil. L’Union européenne apporte par ailleurs 48,93 millions d’euros au volet sud-soudanais, tandis que l’Ouganda a prévu un financement de contrepartie.
Les montants disponibles ne se recoupent pas parfaitement : l’estimation du ministère est supérieure aux financements présentés dans les documents de la BAD, et l’écart n’a pas été expliqué lors du lancement. Il conviendra donc de suivre la structuration financière complète du projet et la répartition des coûts entre les deux pays.
Les bénéfices avancés restent des projections liées à la mise en service. Les documents du projet tablent sur des échanges annuels moyens de 624 gigawattheures et sur une amélioration de l’accès à l’électricité pour environ 286 710 personnes au Soudan du Sud. Ces objectifs dépendront du calendrier de construction, de la disponibilité de l’électricité en Ouganda et de la capacité des réseaux locaux à desservir les nouveaux usagers.
Du lancement technique aux travaux
La cérémonie de Juba constitue un jalon institutionnel et technique, mais elle ne signifie pas que la ligne est construite ni que l’ensemble des fonds est déjà décaissé. Les deux gouvernements, la BAD et l’Initiative du bassin du Nil doivent encore faire avancer les procédures, la coordination entre agences, les marchés de travaux et les raccordements nécessaires. La rapidité de ces étapes déterminera à quelle échéance l’électricité pourra circuler à plus grande échelle.
Le projet s’appuie sur une coopération engagée depuis plusieurs années. L’Ouganda et le Soudan du Sud avaient signé un protocole d’accord en 2015. La mise en service d’importations à Nimule constitue un premier point d’appui, mais l’extension jusqu’à Juba représente un changement d’échelle, tant pour le transport que pour la distribution.
Une réponse au diesel, pas une solution unique
Pour le Soudan du Sud, importer une partie de son électricité peut réduire la pression exercée par les centrales thermiques alimentées au diesel, dont le coût pèse sur les opérateurs et les consommateurs. Pour l’Ouganda, l’interconnexion ouvre un débouché supplémentaire à sa production et renforce les échanges régionaux. La relation peut être mutuellement bénéfique, à condition que les contrats d’achat, les paiements, la disponibilité des capacités et la gestion des réseaux soient durables.
La ligne ne remplacera pas à elle seule les investissements dans la production locale, les réseaux de distribution ou l’accès hors réseau. Elle peut toutefois fournir une capacité d’appoint et soutenir l’activité économique si elle s’accompagne d’une planification cohérente : raccordement des villes, amélioration de la fiabilité, réduction des pertes et accès abordable pour les ménages et les entreprises.
Le lancement technique remet ainsi au premier plan une question concrète : la coopération régionale peut-elle transformer un projet de transport d’électricité en amélioration mesurable du service ? La réponse se jouera dans l’exécution. Les prochains indicateurs à suivre seront le bouclage financier, l’attribution des travaux, l’avancement des sous-stations et la progression des raccordements entre Nimule et Juba.
Image illustrative : interconnexion électrique et poste de transformation en Afrique de l’Est.
