Le calendrier de Yakaar-Teranga a changé. Alors que la décision finale d’investissement était précédemment envisagée pour 2025, Petrosen vise désormais une FID à la fin de 2027 et cherche des partenaires pour faire avancer le développement du gisement. Cette nouvelle échéance intervient après le retrait de Kosmos Energy en avril 2026 et la reprise du contrôle du projet par la compagnie nationale. Le défi n’est plus seulement de confirmer le potentiel géologique : il faut désormais réunir le financement, les partenaires industriels et les débouchés commerciaux qui rendront le projet bancable.
Une ressource majeure, un développement à structurer
Situé dans le bloc Cayar Offshore Profond, au nord de Dakar, Yakaar-Teranga est estimé à environ 25 000 milliards de pieds cubes de gaz. Ce volume place le projet parmi les ressources gazières importantes du bassin MSGBC, mais l’ampleur d’une ressource ne suffit pas à établir sa rentabilité. Les investissements dépendront des réserves récupérables, des coûts de développement, des infrastructures nécessaires, des conditions de vente et de la capacité à produire de façon régulière.
La première phase envisagée nécessiterait environ 2,5 milliards de dollars de capitaux et viserait une production de 150 à 300 millions de pieds cubes par jour. Un second volet, évalué autour de 5 milliards de dollars, pourrait soutenir des activités industrielles plus larges, notamment la production d’engrais. Ces montants illustrent l’ampleur des décisions à prendre avant la FID : définir le concept technique, préciser le calendrier des dépenses, sécuriser les contrats et répartir les risques entre Petrosen, l’État et les partenaires.
L’objectif d’une FID fin 2027 doit donc être considéré comme un jalon de planification. Il ne signifie pas que les financements sont déjà réunis ou que la production est imminente. Entre la décision d’investissement et les premiers volumes, les projets offshore doivent encore passer par l’ingénierie détaillée, la commande d’équipements, le forage, la construction et les essais de mise en service.
Le contrôle national ne remplace pas les partenaires
La reprise du contrôle par Petrosen donne à l’État sénégalais une position centrale dans le choix du modèle de développement. Elle renforce aussi la responsabilité de la compagnie nationale, qui doit préserver la valeur de l’actif tout en mobilisant les compétences nécessaires à un projet en eaux profondes. Le contrôle public et l’ouverture aux investisseurs ne sont pas incompatibles : ils doivent être articulés autour d’un partage clair des risques, d’une gouvernance efficace et de règles de décision connues à l’avance.
Les partenaires recherchés peuvent apporter des capitaux, une expertise technique, des capacités d’exécution ou un accès à des marchés. Leur sélection devra tenir compte de la qualité de leur bilan financier et de leur aptitude à mener un développement offshore complexe. Un montage solide peut associer plusieurs acteurs, mais il ne doit pas multiplier les intermédiaires au point de rendre les responsabilités difficiles à identifier.
La structure commerciale compte autant que la structure financière. Les contrats de vente, les tarifs de transport et les obligations de fourniture au marché intérieur devront être suffisamment précis pour évaluer les revenus du projet. Les décisions prises avant la FID détermineront ainsi la répartition future des volumes entre centrales électriques, industries, éventuelles exportations et autres usages.
Du puits à l’usine : l’enjeu des débouchés
Yakaar-Teranga est présenté comme un projet orienté d’abord vers l’approvisionnement domestique. Le gaz pourrait soutenir la production électrique, réduire le recours à des combustibles importés et fournir des intrants à des industries comme les engrais ou la pétrochimie. Cette orientation pourrait renforcer les retombées économiques nationales si les infrastructures de transport et de traitement accompagnent la montée en production.
Mais transformer le gaz en électricité ou en produits industriels exige des acheteurs solvables, des installations adaptées et une demande capable d’absorber les volumes sur la durée. Les centrales doivent être prêtes à utiliser le gaz, les réseaux électriques capables d’évacuer la production et les industries disposer d’un modèle économique viable. Sans coordination entre le développement offshore et les projets en aval, le calendrier de Yakaar-Teranga pourrait se heurter à des infrastructures qui ne sont pas encore opérationnelles.
Le choix entre approvisionnement local et exportation doit aussi être évalué sur des bases économiques et stratégiques. Les exportations peuvent faciliter le financement de grands projets, tandis que les ventes domestiques peuvent contribuer à la compétitivité de l’électricité et de l’industrie. La priorité nationale ne sera durable que si les prix, les contrats et les investissements rendent les deux marchés compatibles.
Un test pour l’ambition industrielle du Sénégal
Yakaar-Teranga s’inscrit dans un secteur sénégalais qui a déjà franchi des étapes importantes. Sangomar produit du pétrole, tandis que le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim a lancé ses exportations de GNL. Ces expériences donnent au pays des compétences, des infrastructures et une visibilité nouvelles. Elles ne garantissent toutefois pas que Yakaar-Teranga suivra le même modèle : son orientation vers les besoins domestiques et industriels impose des choix différents en matière de contrats et de réseaux.
Le calendrier 2027 rend nécessaire une séquence de travail lisible. Les prochaines étapes à suivre concernent la sélection des partenaires, la définition du concept de développement, la mise à jour des études économiques et la préparation des accords d’achat de gaz. Les contrats commerciaux et techniques doivent être suffisamment avancés avant la décision finale, afin que l’investissement repose sur des débouchés vérifiables plutôt que sur des intentions générales.
Pour le Sénégal, l’enjeu dépasse la mise en production d’un champ. Yakaar-Teranga peut contribuer à la sécurité énergétique et à l’industrialisation si les volumes alimentent des usages productifs, si les coûts restent maîtrisés et si les compétences locales prennent part au projet. La reprise du contrôle par Petrosen ouvre une nouvelle étape, mais elle augmente également les exigences de transparence et de capacité d’exécution. La FID visée fin 2027 sera le premier test décisif : elle montrera si l’ambition gazière du pays peut se traduire en un montage industriel, commercial et financier suffisamment robuste pour engager plusieurs milliards de dollars.
