Sénégal : 104 blocs ouverts aux investisseurs, un nouveau cycle d’exploration à structurer

Le Sénégal met en avant 104 blocs pétroliers et gaziers disponibles pour attirer de nouveaux opérateurs et signer des contrats d’exploration. Présentée par le ministre de l’Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, lors de l’African Energy Week 2026, cette offre s’inscrit dans la réorganisation de l’espace amont du pays en 113 blocs. Quatre sont déjà sous contrat et cinq ont été attribués à Eni pour des études. L’annonce ouvre une nouvelle phase de promotion, mais le nombre de blocs ne constitue pas, à lui seul, une mesure du potentiel commercial ou des investissements déjà engagés.

Cette stratégie intervient alors que le Sénégal passe de l’exploration à la production, après le démarrage de Sangomar et les premières exportations de GNL du projet Grand Tortue Ahmeyim. Le gouvernement souhaite élargir la base d’opérateurs, diversifier les sources de capitaux et accélérer les projets capables d’alimenter le marché national. Pour convaincre, il devra relier les opportunités géologiques aux conditions concrètes de financement, aux infrastructures et aux débouchés.

Une nouvelle cartographie de l’amont

La réorganisation de mars 2026 distingue 65 blocs terrestres et 48 blocs offshore. Cette architecture donne aux autorités une base plus lisible pour présenter les opportunités, comparer les périmètres et orienter les discussions avec les compagnies. Elle ne signifie pas que tous les blocs sont au même stade de maturité. Certains peuvent disposer de données plus complètes, d’autres nécessiteront des études sismiques supplémentaires, et les niveaux de risque géologique varieront selon les zones.

Les cinq blocs attribués à Eni pour évaluation montrent que l’accès aux nouvelles zones peut commencer par une phase d’étude avant la négociation d’un contrat de recherche ou de production. Ce type de démarche réduit l’incertitude initiale pour l’investisseur et permet à l’État de mieux connaître les ressources disponibles. Les résultats des études, les critères d’attribution et les éventuelles obligations d’investissement devront toutefois être clairement encadrés afin de préserver la transparence et l’égalité d’accès.

Les quatre blocs déjà sous contrat rappellent aussi que le portefeuille présenté aux investisseurs évolue au fil du temps. Il importe donc de distinguer le nombre total de périmètres, ceux qui sont immédiatement disponibles et ceux qui font déjà l’objet d’engagements. Une information détaillée sur les données, les échéances, les conditions fiscales et les engagements minimaux aidera les compagnies à évaluer les coûts d’entrée et à établir des propositions réalistes.

Yakaar-Teranga au cœur de l’ambition gazière

Au-delà des nouveaux blocs, Dakar cherche des partenaires pour relancer le développement de Yakaar-Teranga, projet gazier placé sous le contrôle de Petrosen après le retrait de Kosmos Energy en avril 2026. Le gisement est présenté comme une ressource susceptible d’approvisionner la production électrique, les industries et la fabrication d’engrais, tout en conservant une possibilité d’exportation. Cette diversité d’usages pourrait renforcer l’économie du projet si les volumes et les contrats sont planifiés de manière cohérente.

La mise en valeur de Yakaar-Teranga suppose une structure de développement crédible, des partenaires capables de financer les installations et des acheteurs identifiés. L’équilibre entre marché intérieur et exportation sera déterminant. Les ventes internationales peuvent contribuer à mobiliser des capitaux et des recettes, mais l’approvisionnement des centrales et des industries sénégalaises devra aussi être garanti. Les contrats d’achat et les infrastructures de traitement et de transport devront refléter ces priorités avant que le projet ne puisse atteindre une décision d’investissement.

Le ministre a décrit l’ambition comme une chaîne de valeur allant du puits à l’usine. Cette orientation marque un déplacement du débat : les ressources ne sont plus seulement envisagées comme des volumes à exporter, mais comme un intrant potentiel pour l’électricité et l’industrialisation. La transformation locale ne se fera cependant pas automatiquement. Elle exige des réseaux, des clients solvables, une énergie compétitive et des politiques industrielles capables de convertir la disponibilité du gaz en production manufacturière et en emplois qualifiés.

Raffinage et logistique complètent l’offre

Le Sénégal étudie également une seconde raffinerie destinée à traiter le brut de Sangomar. La Société africaine de raffinage et la société turque Yamata ont signé un protocole d’accord en septembre 2026 pour une installation annoncée à quatre millions de tonnes par an. Le coût envisagé se situe entre 2 et 3 milliards de dollars. Le projet ouvre des possibilités dans le stockage, la distribution, la logistique et la pétrochimie, mais devra encore préciser sa structure de financement, son calendrier et son modèle commercial.

La disponibilité de brut local peut soutenir l’approvisionnement de l’usine, sans garantir sa rentabilité. Les investisseurs devront analyser les coûts de construction, les produits qui seront fabriqués, la concurrence des carburants importés et les marchés régionaux. Les capacités de stockage et de transport devront aussi évoluer pour acheminer les produits vers les consommateurs. Comme pour les blocs d’exploration, les annonces d’intention doivent être distinguées des décisions finales et des travaux effectivement lancés.

Attirer les capitaux tout en renforçant les retombées locales

Le gouvernement invite les opérateurs à examiner les données, à travailler avec les équipes techniques nationales et à présenter des projets soutenus par des capacités d’investissement et d’exécution. Cette exigence est importante dans un marché où les annonces de ressources et les accords préliminaires ne garantissent pas la réalisation d’un projet. Les étapes décisives seront la négociation des contrats, la confirmation des perspectives commerciales, la mobilisation des financements et le lancement des opérations.

Le contenu local est également au centre du message adressé aux investisseurs. Les entreprises sénégalaises et les compétences nationales doivent être associées dès la conception des projets, et non uniquement au moment de l’exécution. Cela suppose une visibilité sur les appels d’offres, des programmes de formation, des mécanismes de certification et un accès au financement pour les fournisseurs. Une politique de contenu local bien préparée peut accroître les retombées économiques sans compromettre les exigences techniques et les délais.

La coopération régionale du bassin MSGBC peut renforcer la valeur des investissements en facilitant le partage de données, les infrastructures et les marchés. Le Sénégal souhaite élargir cette alliance, qui réunit actuellement le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Guinée. Une intégration plus poussée pourrait améliorer les débouchés pour le gaz et les services, mais nécessitera des accords précis sur les tarifs, les flux commerciaux et la coordination des projets.

L’offre de 104 blocs traduit la volonté de Dakar de maintenir l’exploration active alors que les premiers projets de production entrent en service. La réussite de cette stratégie dépendra de la qualité des données, de la stabilité des règles et de la capacité à transformer l’intérêt des investisseurs en contrats puis en opérations. Pour le Sénégal, l’enjeu n’est pas seulement de signer davantage d’accords, mais de faire en sorte que les ressources soutiennent durablement la sécurité énergétique, l’industrie et les compétences locales.

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