Comment mesurer le ROI d’un grand forum énergétique ou minier africain ?
Un forum peut attirer des milliers de participants, multiplier les annonces et afficher plusieurs milliards de dollars de projets en recherche de capitaux. Ces chiffres témoignent d’une activité, mais ils ne disent pas encore si l’événement a produit un retour économique. Pour l’établir, il faut suivre ce qui se passe après les panels : quels projets trouvent des partenaires, quels financements sont réellement décaissés, quels contrats sont signés et quelles retombées apparaissent dans les pays hôtes ou producteurs ?
La distinction est essentielle. Lors de l’African Energy Week 2026, les organisateurs ont annoncé plus de 17 milliards de dollars d’engagements et la présentation, dans la Deal Room, de quinze projets recherchant plus de 16 milliards de dollars. Le second montant correspond à un besoin de financement présenté aux investisseurs ; il ne signifie pas que les 16 milliards ont été mobilisés. De même, un engagement agrégé n’est pas nécessairement un décaissement, une décision finale d’investissement ou un actif en construction. Pour juger le ROI, il faut suivre les étapes et préciser les définitions.
Commencer par définir le rendement recherché
Le retour sur investissement d’un forum n’a pas une seule signification. Pour un organisateur privé, il peut correspondre aux revenus de billetterie, de partenariat et d’exposition, diminués des dépenses. Pour un État ou une ville hôte, il doit aussi tenir compte du coût des infrastructures et des services publics, des dépenses nouvelles effectuées localement et des effets durables sur l’emploi, les entreprises et l’attractivité. Pour les entreprises présentes, le retour peut être commercial : nouveaux contrats, accès à des partenaires, financement ou entrée sur un marché.
Ces résultats ne doivent pas être additionnés sans méthode. Les dépenses d’un participant, le montant d’un protocole d’accord et la valeur d’un investissement effectivement réalisé sont des indicateurs de nature différente. Une mesure crédible expose donc séparément les coûts, les résultats immédiats et les effets à moyen terme, en précisant le périmètre géographique et la période étudiée. Les principes de l’OCDE sur l’évaluation des grands événements recommandent de définir à l’avance des objectifs mesurables, puis d’évaluer les effets au-delà de la durée de l’événement.
Suivre les projets de l’annonce à la mise en service
Pour un forum énergétique ou minier, le premier tableau de bord doit distinguer les étapes d’avancement. Une annonce ou un protocole d’accord exprime une intention. Un accord commercial précise les obligations des parties. Un financement annoncé doit ensuite être engagé, puis décaissé. Une décision finale d’investissement autorise l’exécution du projet ; viennent enfin la construction, la mise en service et la production effective.
Le suivi peut être organisé à six, douze et vingt-quatre mois. Pour chaque projet présenté, il faut relever son nom, son pays, son secteur, le besoin initial, les partenaires rencontrés, le montant effectivement engagé, le montant décaissé, le statut de la FID, le calendrier de construction et les raisons d’un retard ou d’un abandon. Les résultats doivent être documentés avec les entreprises concernées ou des sources vérifiables, plutôt que déduits d’une annonce publique.
Cette discipline permet de calculer plusieurs indicateurs utiles : part des projets ayant obtenu un financement, délai médian entre présentation et engagement, volume des capitaux effectivement débloqués et taux de mise en œuvre. Le nombre de rendez-vous ou de cartes échangées reste une mesure d’activité. Le nombre de projets ayant franchi une étape vérifiable est une mesure de résultat.
Calculer les retombées sans gonfler les chiffres
Pour le territoire hôte, le calcul commence par les dépenses additionnelles : hébergement, restauration, transport, location de salles et achats auprès de fournisseurs locaux. Il faut ensuite retrancher les fuites économiques, c’est-à-dire les sommes payées à des prestataires extérieurs, les dépenses qui auraient eu lieu même sans le forum et les coûts publics associés. Une fréquentation élevée ne garantit donc pas, à elle seule, un gain net équivalent pour l’économie locale.
Le volet industriel demande d’autres indicateurs. Un financement annoncé ne dit pas combien d’emplois seront créés, quelle part ira aux travailleurs locaux, quels fournisseurs africains seront retenus ou si des compétences resteront après la construction. Un forum peut suivre les contrats attribués aux entreprises locales, les formations effectivement achevées, les postes techniques occupés par des nationaux, les recettes fiscales et les infrastructures mises en service. Pour les projets miniers ou énergétiques, il faut aussi préciser si les retombées concernent une seule phase — construction, par exemple — ou se prolongent pendant l’exploitation.
Il faut enfin mesurer l’additionnalité : le projet aurait-il été conclu sans le forum ? Si une négociation était déjà avancée avant l’événement, le forum peut avoir facilité une rencontre sans être la cause unique de l’investissement. Cette nuance ne diminue pas son rôle ; elle évite d’attribuer à l’événement des décisions qui relèvent aussi des prix, des politiques publiques, des études techniques ou de négociations antérieures.
Un score ONA utile aux lecteurs et aux décideurs
Un indicateur synthétique peut aider à comparer les éditions, à condition de rendre sa méthode publique. ONA pourrait suivre cinq dimensions : capitaux décaissés, contrats signés, projets ayant atteint la FID ou la mise en service, retombées locales vérifiables et qualité du suivi après l’événement. Chaque donnée serait assortie d’une date, d’une source et d’un statut — annoncé, signé, financé, décaissé ou opérationnel.
Le bilan gagnerait à présenter aussi les projets en attente et les raisons de leur blocage : étude de faisabilité incomplète, absence d’acheteur, accès à l’électricité, permis, garanties, financement ou changement réglementaire. Un forum n’a pas le pouvoir de résoudre seul ces obstacles. Mais un suivi transparent peut montrer où les transactions se bloquent et quelles décisions permettraient de les faire avancer.
Un grand rendez-vous énergétique ou minier ne se mesure donc ni au nombre de badges ni au montant des opportunités affichées. Son ROI se juge dans la durée : capitaux réellement mobilisés, projets exécutés, capacités locales renforcées et bénéfices publics observables. Publier ces résultats à six, douze et vingt-quatre mois ferait passer le bilan des promesses à la preuve — et donnerait aux forums africains un outil concret pour améliorer leur impact d’une édition à l’autre.
Analyse par Mapathé SOW, Founder Or Noir Africa