À Kolwezi, dans la province du Lualaba, deux jours de manifestations les 19 et 20 octobre ont mis en lumière les tensions autour de l’exploitation minière artisanale. Des creuseurs contestaient les restrictions touchant la vente de minerais et leur évacuation de certains sites. Les opérations de contrôle menées par les autorités visent à lutter contre les réseaux illégaux et à protéger les concessions industrielles, mais elles affectent aussi les revenus de travailleurs dépendant de l’accès aux sites et aux acheteurs.
Les affrontements avec les forces de l’ordre ont perturbé la circulation et les activités commerciales. Des véhicules transportant des minerais ont été incendiés, un poste de police a été saccagé, et des blessés ont été signalés. Des organisations de la société civile ont évoqué des décès, sans qu’un bilan officiel consolidé soit disponible dans les informations publiées. Cette distinction est essentielle dans un contexte où les bilans circulent rapidement et peuvent diverger.
Une commission interservices au Lualaba
Une commission envoyée par le gouvernement central mène une mission de contrôle dans le secteur minier de la province. Elle réunit notamment des représentants du ministère des Mines, des services de sécurité et de renseignement, ainsi que de la justice militaire. Ses objectifs sont de faire retirer les hommes en uniforme présents dans les activités minières hors du cadre légal et de déplacer les exploitants artisanaux installés dans des concessions industrielles vers des zones d’exploitation artisanale (ZEA).
Cette opération fait suite aux instructions données par le président Félix Tshisekedi en juillet 2026, demandant le retrait des policiers et militaires impliqués dans les mines et le démantèlement des réseaux de fraude. Pour les autorités, la présence d’acteurs armés et l’extraction non autorisée fragilisent la sécurité des investissements, les droits miniers et la collecte des recettes publiques.
Les contrôles touchent également des unités de traitement et des opérateurs. Selon les autorités locales, cinq des 19 entités recensées dans la province avaient été inspectées au 20 octobre. La mission doit aussi vérifier la situation administrative de ressortissants étrangers intervenant dans le secteur, mais les mesures individuelles relèvent de procédures distinctes.
La protection des concessions et la pression sur les communautés
Metalkol, filiale du groupe Eurasian Resources Group, est l’une des sociétés confrontées à des intrusions sur ses concessions autour de Kolwezi. Après une opération d’évacuation en mai, des exploitants non autorisés seraient revenus sur une partie du site avec l’appui d’hommes en uniforme. Les autorités ont évoqué une présence illégale persistante et des risques pour la sécurité.
Metalkol affirme que l’extraction sur sa concession avait pris une ampleur importante, évoquant plus de 2 000 tonnes de minerais par jour transportées vers des unités de traitement. Ce chiffre est une estimation avancée par l’entreprise et doit être traité comme telle. Les contrôles en cours cherchent notamment à établir les flux, les responsabilités et le respect des titres miniers.
La difficulté est que la fermeture des points d’achat et l’évacuation des sites réduisent immédiatement les possibilités de revenu des creuseurs. Une relocalisation vers une ZEA ne fonctionne que si ces zones sont accessibles, suffisamment équipées et reliées à des acheteurs agréés. Sans alternative économique, les exploitants peuvent retourner vers les sites interdits ou dépendre davantage d’intermédiaires informels.
Formaliser sans déplacer le problème
Le dilemme de Kolwezi dépasse la seule application du droit minier. Les concessions industrielles doivent être sécurisées, les minerais tracés et les circuits de fraude combattus. En parallèle, l’exploitation artisanale fait vivre de nombreuses familles et alimente des chaînes locales de collecte et de transformation. Une réponse durable doit donc associer les entreprises, les autorités provinciales, les services de sécurité et les représentants des mineurs.
La formalisation peut passer par des zones artisanales clairement délimitées, des coopératives responsables, des contrôles transparents et des mécanismes de vente qui rémunèrent correctement les producteurs. Elle exige aussi de combattre la présence d’acteurs armés et les prélèvements illégaux. L’enjeu est de rendre les règles applicables sur le terrain, plutôt que de se limiter à des opérations ponctuelles.
Les prochains indicateurs seront l’établissement d’un bilan vérifié des violences, la poursuite des inspections, le retrait effectif des forces irrégulières et l’accès des creuseurs à des zones d’exploitation viables. À Kolwezi, la réussite de la lutte contre l’illégalité se mesurera à la fois à la protection des investissements et à la capacité de réduire la dépendance économique aux circuits informels.
Rendre les zones artisanales réellement viables
Une solution durable suppose que les zones d’exploitation artisanale disposent d’un cadre foncier reconnu, d’un accès sûr et de règles compréhensibles. Les creuseurs doivent pouvoir y travailler sans dépendre d’intermédiaires armés et vendre leur production par des circuits contrôlés. Si les sites proposés sont trop éloignés, mal équipés ou dépourvus d’acheteurs, le déplacement administratif risque de ne pas modifier les pratiques observées sur le terrain.
Les entreprises industrielles ont également intérêt à une gestion transparente des limites de concession et à des mécanismes de dialogue avec les communautés voisines. La prévention des intrusions passe par la clarification des droits, la surveillance proportionnée et la coopération avec les autorités civiles. Elle ne peut reposer uniquement sur des interventions de sécurité qui déplacent les creuseurs sans traiter les facteurs économiques.
Dans ce contexte, les chiffres avancés par les opérateurs sur les volumes extraits ou les pertes doivent être vérifiés par des inspections et des données de traçabilité. Des contrôles documentés peuvent établir les flux, les destinations et les responsabilités, tout en évitant que des accusations non étayées alimentent les tensions. La publication d’un bilan régulier renforcerait la confiance entre l’État, les entreprises et les populations.
La situation de Kolwezi appelle ainsi une réponse graduelle : faire appliquer les titres miniers, prévenir les violences, garantir les droits des travailleurs et offrir des alternatives crédibles aux activités illégales. La réussite ne se mesurera pas seulement au nombre d’évacuations ou d’unités inspectées, mais à la baisse durable des intrusions, à l’amélioration de la sécurité et à l’accès des creuseurs à des revenus légaux.
