Les recettes d’exportation de l’Ouganda ont progressé de 36 % sur un an en août, à 1,5 milliard de dollars, selon un rapport du ministère des Finances rapporté le 22 octobre. La hausse s’appuie notamment sur les expéditions d’or, évaluées à 889 millions de dollars, en augmentation de 68,9 % par rapport au même mois de l’année précédente. Ces chiffres confirment le poids croissant du métal précieux dans les flux commerciaux du pays, tout en posant une question centrale : quelle part de cette performance reflète la production nationale, et quelle part correspond au rôle de l’Ouganda comme plateforme régionale de traitement et de négoce ?
Une progression rapide, dominée par le métal jaune
La valeur totale des biens exportés est passée de 1,1 milliard de dollars en août 2025 à 1,5 milliard en août 2026. Dans le même temps, les expéditions d’or ont atteint 889 millions de dollars. À titre indicatif, ce montant représente près de 59 % de la valeur totale des exportations du mois. Le calcul donne un ordre de grandeur, car les deux statistiques proviennent de catégories différentes du rapport et ne détaillent pas, dans les informations disponibles, l’origine de chaque lot d’or.
Cette réserve est importante. L’Ouganda s’est développé ces dernières années comme centre régional de traitement et de commerce de l’or. Les montants exportés ne peuvent donc pas être assimilés automatiquement à la valeur de l’or extrait dans le pays. Des flux régionaux peuvent être raffinés, agrégés ou réexportés depuis le territoire. Distinguer production minière domestique, transformation locale et négoce est indispensable pour mesurer les retombées réelles sur l’emploi, les recettes publiques et les revenus des producteurs.
La hausse de 68,9 % indique néanmoins que l’or est un moteur majeur de la progression mensuelle. Elle peut refléter une augmentation des volumes, une évolution des prix, des changements dans les circuits commerciaux ou plusieurs de ces facteurs à la fois. Les données publiées ne permettent pas de répartir précisément ces effets. La performance est donc nette en valeur, mais elle ne constitue pas à elle seule une mesure de l’augmentation de la production des mines ou de la valeur ajoutée conservée en Ouganda.
Un soutien aux recettes extérieures, avec des enjeux de résilience
Pour l’économie, l’augmentation des exportations apporte des devises et contribue à l’équilibre extérieur. Le ministère des Finances estime que deux autres facteurs pourraient soutenir le shilling à court terme : une progression attendue des transferts de la diaspora vers la fin de 2026 et le relèvement marqué du taux directeur par la banque centrale. Cette appréciation est celle des autorités. L’effet sur la monnaie dépendra aussi de la durée des entrées de devises, de la demande d’importations et de la confiance des acteurs économiques.
La composition des exportations mérite, elle aussi, un suivi. Lorsqu’une part importante des recettes repose sur un produit dont les cours et les flux commerciaux peuvent varier, les revenus extérieurs deviennent plus sensibles aux mouvements du marché et aux évolutions de la chaîne d’approvisionnement. Pour transformer une conjoncture favorable en gains durables, l’enjeu consiste à renforcer la traçabilité, la transformation locale et la capacité à capter davantage de valeur sur place, tout en diversifiant les sources de devises.
Le pétrole annoncé pour 2027 : un relais encore à concrétiser
Le gouvernement voit dans le démarrage de la production pétrolière commerciale un autre levier à moyen terme. Le ministère considère que les exportations de brut pourraient renforcer les recettes en devises et la position extérieure du pays. L’Ouganda prévoit de lancer la production au début de 2027 dans ses champs de l’ouest, près de la frontière avec la République démocratique du Congo.
Cette échéance reste un objectif prévisionnel : au 22 octobre 2026, le pays n’avait pas encore commencé la production commerciale. Les recettes pétrolières dépendront du calendrier effectif des opérations, des volumes produits, des modalités d’exportation et des prix. Elles ne doivent donc pas être comptabilisées comme un soutien déjà acquis aux comptes extérieurs. La déclaration du ministère décrit une perspective, pas un résultat observé.
Le croisement entre or et pétrole peut élargir la base des exportations ou accroître la dépendance à l’égard des ressources extractives, selon la manière dont les revenus seront utilisés. La qualité des investissements dans les infrastructures, la gestion budgétaire et les achats locaux pèsera sur les retombées économiques. L’enjeu n’est pas seulement d’exporter davantage, mais de convertir les revenus miniers et pétroliers en capacités productives qui restent utiles lorsque les prix ou les volumes ralentissent.
Mesurer la performance au-delà des montants exportés
Les chiffres d’août dessinent une dynamique favorable : les exportations totales augmentent, et les expéditions d’or progressent encore plus vite. Pour évaluer la solidité de cette tendance, les prochaines publications devront préciser les volumes, l’origine de l’or traité, la part exportée après transformation et les recettes effectivement captées par l’État. Le suivi des transferts de la diaspora et du taux de change permettra également de voir si l’amélioration des entrées de devises se prolonge.
La production pétrolière annoncée pour 2027 constituera un jalon supplémentaire, à condition que les opérations commencent comme prévu et que les recettes bénéficient à l’économie au-delà des exportations brutes. Pour Kampala, le défi est désormais de faire coïncider essor commercial, contenu local et diversification. La hausse d’août est un signal positif ; sa portée de long terme dépendra de la valeur ajoutée créée dans le pays et de la capacité à convertir cette progression en emplois, revenus publics et investissements productifs.
