Offshore : quels indicateurs HSE devraient être rendus publics ?

Production contre sécurité offshore : quels indicateurs HSE devraient être publics ?

Une installation offshore publie souvent ses volumes de production, ses arrêts et ses résultats financiers. La performance HSE — santé, sécurité et environnement — reste parfois résumée à un seul chiffre : le nombre de jours sans accident avec arrêt. Cet indicateur est utile, mais il ne suffit pas à dire si les risques majeurs sont maîtrisés. Un site peut enregistrer peu de blessures tout en accumulant des défaillances de barrières, des défauts de maintenance ou des quasi-accidents qui auraient pu avoir des conséquences graves.

Les chiffres mondiaux publiés par l’International Association of Oil & Gas Producers (IOGP) pour 2025 illustrent l’intérêt de plusieurs mesures complémentaires. Les entreprises participantes ont déclaré 52 décès parmi leurs salariés et sous-traitants. Dans le même temps, le taux d’accidents enregistrables a baissé de 6 % par rapport à l’année précédente, tandis que le taux d’accidents mortels a fortement augmenté. Ces données couvrent des opérations amont terrestres et offshore et reposent sur une participation volontaire ; elles ne décrivent donc pas à elles seules la situation d’un pays africain ou d’une installation précise. Elles montrent toutefois pourquoi un indicateur agrégé ne peut tenir lieu de bilan complet.

Publier les conséquences, en précisant le périmètre

Un premier niveau de transparence devrait inclure les décès, les blessures entraînant un arrêt de travail, les cas nécessitant un traitement médical et les journées de travail perdues ou restreintes. Ces résultats doivent être rapportés au nombre d’heures travaillées et distinguer salariés, sous-traitants et, lorsque les données le permettent, tiers. Sans dénominateur, le nombre brut ne permet pas de comparer des installations de tailles et de niveaux d’activité très différents.

Le périmètre doit aussi préciser les opérations concernées : forage, production, construction, maintenance, transfert de cargaison ou transport maritime. Une entreprise qui change la définition d’un incident, exclut une catégorie de prestataires ou modifie le nombre d’heures déclarées peut faire évoluer son taux sans que le risque réel ait changé. Les méthodes de calcul, les périodes et les sources doivent donc rester constantes et publiques.

Les événements de procédé révèlent les risques majeurs

La sécurité personnelle et la sécurité des procédés ne mesurent pas la même chose. La première porte notamment sur les blessures lors d’une tâche ; la seconde cherche à prévenir les pertes de confinement, les incendies, les explosions, les pertes de contrôle d’un puits et d’autres événements susceptibles d’affecter une installation entière. Les pratiques de l’IOGP classent certains événements de procédé selon leur gravité, notamment les pertes de confinement de niveau 1 et 2.

Les exploitants devraient publier le nombre et la gravité de ces événements, les pertes de contrôle de puits, les rejets d’hydrocarbures, les défaillances d’équipements critiques et les activations de systèmes d’arrêt d’urgence. Ces indicateurs doivent être interprétés avec prudence : une hausse des signalements peut aussi traduire une meilleure déclaration et une culture qui encourage les équipes à remonter les problèmes, plutôt qu’une détérioration du site.

Suivre les barrières avant qu’un accident survienne

Les indicateurs retardés décrivent ce qui s’est déjà produit. Pour comprendre si les barrières sont solides, il faut également publier des mesures avancées : résultats des tests sur les systèmes de sécurité, retards de maintenance des équipements critiques, dérogations temporaires, inspections en retard, défauts identifiés dans les audits et proportion des actions correctives clôturées dans le délai prévu.

Le cadre de l’IOGP distingue notamment les événements de procédé graves, les incidents de moindre conséquence, les mises à l’épreuve des systèmes de sécurité et les indicateurs de discipline opérationnelle. Cette lecture aide à repérer les signaux faibles. Par exemple, un échec de test sur un système d’arrêt de puits peut constituer un avertissement même si aucune perte de contrôle n’a eu lieu. Le suivi doit montrer non seulement qu’un défaut a été détecté, mais aussi quand il a été corrigé et si la correction a été vérifiée.

Les quasi-accidents et événements à fort potentiel méritent une attention particulière. Ils ne provoquent parfois aucune blessure, mais révèlent qu’une ou plusieurs barrières ont été franchies. Pour être utiles, les données doivent indiquer le type d’événement, son potentiel de conséquence, les actions prises et les enseignements partagés, sans identifier publiquement les travailleurs impliqués.

Éviter les indicateurs qui incitent au silence

Un objectif de « zéro accident » peut sembler mobilisateur, mais il peut créer une pression pour ne pas signaler les incidents mineurs ou les quasi-accidents. Le nombre de jours sans accident ne devrait donc jamais servir seul à évaluer les équipes ou à attribuer des primes. Un bon tableau de bord associe les conséquences observées, l’état des barrières et la qualité du signalement.

Les audits indépendants et la publication de résultats vérifiés renforcent la confiance. Une entreprise peut publier un bilan agrégé annuel, puis fournir aux autorités et aux travailleurs un niveau de détail plus élevé sur les événements et les actions correctives. Les chiffres sensibles pour la sécurité ne doivent pas être confondus avec les secrets industriels : la divulgation d’une défaillance de barrière ou d’un incident grave peut permettre de prévenir un accident similaire sur une autre installation.

Un tableau de bord public utile à l’Afrique

Pour les projets offshore africains, un socle commun pourrait réunir : accidents mortels et blessures avec leur taux normalisé ; événements de procédé par niveau de gravité ; pertes de contrôle de puits et rejets ; disponibilité des systèmes critiques ; inspections et maintenance en retard ; quasi-accidents à fort potentiel ; heures travaillées par les sous-traitants ; et part des actions correctives effectivement vérifiées. Les données seraient ventilées par activité et accompagnées de définitions simples.

La sécurité ne se résume pas à produire moins ou davantage. Elle se mesure à la capacité de maintenir les opérations sans exposer les travailleurs, les communautés et l’environnement à des risques évitables. Rendre publics les bons indicateurs aiderait les autorités, les salariés, les investisseurs et les riverains à comprendre si la production repose sur des barrières fiables — et si les signaux d’alerte conduisent réellement à des changements.

Analyse par Mapathé SOW, Founder Or Noir Africa

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