TotalEnergies prévoit de mobiliser un appareil de forage en eaux profondes au Nigeria avant la fin d’octobre 2026, selon les échanges tenus à l’African Energy Week. Le délai de mobilisation annoncé, évalué à environ neuf mois, marque une amélioration par rapport aux périodes de préparation qui pouvaient atteindre plusieurs années. Cette évolution témoigne d’une volonté de relancer l’exploration offshore, alors que le Nigeria cherche à inverser le déclin de sa production et à consolider sa place parmi les principaux producteurs africains.
L’annonce s’inscrit dans un contexte où les arbitrages d’investissement se jouent sur plusieurs fronts. Les autorités souhaitent accroître les volumes, attirer des capitaux vers des blocs offshore et renforcer la sécurité énergétique. Les compagnies, de leur côté, évaluent les conditions fiscales, la sécurité des opérations, le potentiel commercial et la disponibilité des infrastructures avant d’engager des dépenses qui peuvent s’étendre sur des décennies.
Un calendrier plus court, mais encore des obstacles
La mobilisation d’un appareil de forage est un indicateur concret du niveau d’activité. Réduire la période entre la décision et le démarrage permet de limiter les coûts d’attente et d’améliorer l’utilisation des équipements. Ce progrès ne garantit cependant pas le succès géologique : une campagne d’exploration reste risquée et peut ne déboucher sur aucune découverte commerciale. La performance doit donc se mesurer aux opérations réalisées, à la qualité des résultats et à la capacité de faire progresser les perspectives prometteuses.
TotalEnergies a aussi appelé à rétablir des mesures incitatives pour les investissements en eaux profondes, en faisant valoir que le régime fiscal actuel ne reflète pas toujours la complexité et les coûts de ces opérations. Le débat porte sur l’équilibre entre les recettes publiques et l’attractivité des projets. Des incitations ciblées peuvent encourager de nouveaux forages, mais elles doivent être conçues de façon transparente, temporaire et liée à des résultats vérifiables afin de préserver les revenus à long terme du pays.
La sécurité des opérations dans le delta du Niger demeure un enjeu majeur. Les perturbations de pipelines, les vols de brut et les risques pour les installations compliquent la production et peuvent influer sur les coûts d’assurance et d’exploitation. Les projets en eaux profondes ne sont pas à l’abri de ces risques logistiques et commerciaux : le transport, les services portuaires et l’évacuation de la production dépendent d’un environnement opérationnel fiable.
Le gaz entre dans la stratégie de relance
Au-delà du pétrole, le Nigeria cherche à accroître la disponibilité du gaz pour alimenter les industries et les exportations de gaz naturel liquéfié. La décision finale d’investissement prise en septembre sur le projet gazier Ima vise une production annoncée de 350 millions de pieds cubes par jour à partir de 2028. Ce projet pourrait soutenir l’approvisionnement de la chaîne de GNL, sous réserve de la construction des installations et de la mise en place des contrats nécessaires.
ExxonMobil poursuit parallèlement un programme d’injection et de développement sur le champ Usan, avec une cible annoncée d’environ 40 000 barils par jour dans le cadre des travaux. Ces projets illustrent la coexistence entre exploration, maintien de la production existante et développement du gaz. Pour le Nigeria, l’enjeu consiste à synchroniser les investissements avec les capacités de traitement et d’évacuation afin d’éviter que les retards d’infrastructure ne réduisent l’effet des nouvelles dépenses.
Lors des discussions sectorielles, le Nigeria a été présenté comme ayant représenté environ 38 % des décisions d’investissement africaines dans l’amont en 2025, contre près de 4 % en 2021. Ce retour d’intérêt reflète les réformes, les nouveaux projets et la taille des ressources du pays. Il ne signifie pas que le redressement de la production est acquis : les résultats dépendront du rythme de mise en production, de la sécurité et de la stabilité des conditions fiscales.
Réduire l’écart entre ambition et production
Le gouvernement nigérian vise une production pouvant atteindre 3 millions de barils par jour. Pour s’en rapprocher, les campagnes d’exploration doivent être accompagnées par la réhabilitation des actifs, la lutte contre les pertes, l’amélioration de l’accès aux équipements et la résolution des litiges contractuels. Les objectifs de production gagnent en crédibilité lorsque des projets disposent de calendriers publiés, de financements mobilisés et de capacités opérationnelles clairement établies.
Les fournisseurs locaux peuvent également bénéficier du redémarrage des activités, à condition que les exigences de contenu local s’accompagnent d’un accès réel aux contrats, d’un transfert de compétences et de capacités de financement. L’enjeu dépasse les volumes produits : les services techniques, la maintenance, la logistique et la formation peuvent prolonger les retombées économiques dans le pays.
La prochaine étape sera donc de convertir l’annonce de mobilisation en forage effectif et les découvertes éventuelles en décisions de développement. Une campagne réussie pourrait renforcer la confiance des investisseurs et soutenir le portefeuille d’hydrocarbures du Nigeria. Mais la durabilité de cette relance dépendra aussi de la manière dont le pays améliore sa sécurité énergétique, diversifie ses revenus et gère les risques environnementaux associés à la production.
