La Mauritanie prépare un outil réglementaire appelé à structurer l’évolution de son système électrique : le code de réseau national, ou Grid Code. La Société mauritanienne d’électricité (SOMELEC) a reçu 17 manifestations d’intérêt pour recruter le cabinet qui accompagnera son élaboration. Le procès-verbal officiel d’ouverture cite notamment un groupement réunissant EDF, Nodalis et IRAF, ainsi que RTE International. À ce stade, il s’agit de candidatures à une mission de conseil, pas de l’attribution du marché.
Le nombre de dossiers reçus traduit l’intérêt suscité par une mission située au croisement de l’ingénierie électrique, de la réglementation et de l’intégration des nouvelles capacités de production. Le document officiel consulté nomme les 17 candidats, mais ne cite pas Suez. La compétition doit donc être décrite à partir de cette liste vérifiable : EDF et RTE figurent parmi les candidats, tandis que la présence de Suez n’est pas établie par le procès-verbal.
Des règles communes pour un réseau qui se transforme
Un Grid Code fixe les conditions techniques auxquelles doivent se conformer les installations raccordées au réseau. Il précise les exigences applicables à la production, au transport et à la distribution d’électricité, les procédures de raccordement, les échanges de données, les obligations de sécurité et la manière de réagir aux incidents. Il ne s’agit pas simplement d’un guide d’exploitation interne : le code organise les relations techniques entre le gestionnaire du réseau, les producteurs et les autres utilisateurs.
La Mauritanie a déjà engagé plusieurs chantiers qui rendent ce cadre plus nécessaire. Le Projet d’interconnexion électrique Mauritanie-Mali prévoit une ligne haute tension de 225 kilovolts ainsi que le développement de centrales solaires associées. Des contrats de construction ont été signés en 2026 pour des sections de ligne et des postes électriques. À mesure que le réseau s’étend et que de nouveaux moyens de production apparaissent, les règles de fonctionnement doivent permettre de maintenir la stabilité et la qualité de l’alimentation.
Le code devra aussi intégrer les spécificités des énergies renouvelables. La production solaire varie selon l’ensoleillement; son intégration à grande échelle suppose des règles de prévision, de pilotage, de réserve et d’échanges avec les autres moyens de production. Le stockage et les interconnexions transfrontalières ajoutent des enjeux de coordination. Un cadre clair peut faciliter l’arrivée de producteurs indépendants, à condition que les règles soient prévisibles et appliquées de manière cohérente.
Dix mois pour élaborer un cadre applicable
La mission annoncée par la SOMELEC est financée dans le cadre du projet d’interconnexion soutenu par la Banque africaine de développement. Sa durée prévisionnelle est de dix mois après notification, hors délais d’approbation des livrables. Elle doit couvrir un diagnostic du cadre juridique et technique, l’examen du fonctionnement du réseau, l’analyse des interconnexions et la rédaction des règles, avec des consultations des parties prenantes.
La phase de sélection devra départager les candidats sur leurs références, leur méthode et leurs compétences. Les dossiers cités dans le procès-verbal comprennent des sociétés d’ingénierie, des consultants en énergie et des groupements associant des partenaires de plusieurs pays. La présence d’acteurs internationaux peut apporter des références comparatives, mais le code devra être adapté aux réalités locales : capacité des institutions, disponibilité des données, structure du réseau et moyens de contrôle.
La rédaction ne suffira pas. Pour produire des effets, le texte devra être validé par les autorités compétentes, compris par les opérateurs et accompagné de mécanismes de mise en œuvre. Les règles portant sur le raccordement d’une centrale, par exemple, doivent pouvoir être appliquées avec des données et des procédures accessibles. Un code trop théorique risque de rester un document de référence sans transformer les pratiques.
Un enjeu d’investissement autant que de technique
Le futur Grid Code pourrait contribuer à clarifier les conditions d’investissement dans le secteur électrique. Les producteurs ont besoin de connaître les exigences de raccordement et les responsabilités en cas d’interruption; le gestionnaire du réseau doit disposer d’outils pour préserver l’équilibre du système. Les consommateurs, enfin, dépendent de la fiabilité des infrastructures et de la capacité à gérer la croissance de la demande.
La qualité du résultat se jugera à sa cohérence avec les textes existants et avec les projets en cours, notamment l’interconnexion avec le Mali. Il faudra aussi assurer la coordination entre SOMELEC, le régulateur, les ministères et les producteurs. L’objectif n’est pas d’importer mécaniquement un modèle étranger, mais de retenir des standards éprouvés et de les traduire dans un cadre opérationnel mauritanien.
La réception de 17 dossiers est une première étape. Elle témoigne d’un intérêt concurrentiel pour la mission, mais ne préjuge ni du choix final ni de l’adoption du code. La décision la plus importante viendra ensuite : transformer l’expertise du cabinet retenu en règles stables, compréhensibles et capables d’accompagner à la fois les interconnexions, le solaire et la sécurité quotidienne du réseau.
La transparence sur les étapes de sélection, puis sur la consultation du projet de texte, permettra aussi aux producteurs et aux usagers de comprendre les obligations qui pèseront sur chacun.
