La National Oil Corporation libyenne (NOC) prépare le démarrage d’une unité de production d’essence au sein de Sirte Oil Company. L’annonce du 12 octobre évoquait des derniers préparatifs et une mise en service visée dans la semaine. Au 19 octobre, aucune capacité de traitement ni confirmation technique détaillée n’a été publiée. L’installation pourrait accroître l’offre locale, mais son effet sur les importations ne peut pas encore être quantifié.
Un appoint à un système dépendant des importations
La nouvelle unité s’inscrit dans les efforts de la NOC pour renforcer la production nationale de carburants. Les estimations citées par l’agence Kpler placent la demande libyenne de carburants routiers jusqu’à 250 000 barils par jour en 2026, dont 90 000 à 100 000 barils par jour d’essence. Les importations de produits raffinés dépasseraient 150 000 barils par jour. Ces données décrivent un marché vaste au regard d’une installation dont le débit n’a pas été communiqué.
Les difficultés se ressentent sur le terrain. Des files d’attente ont été signalées à Tripoli et Misrata, tandis que Sebha, dans le sud, a réintroduit un système de codes-barres pour organiser l’accès aux stations après plusieurs jours sans livraisons. Les informations disponibles font état de consommations quotidiennes d’essence comprises entre 6 et 8 millions de litres, avec des pointes autour de 11 millions. Cette demande varie selon les périodes et les conditions d’approvisionnement.
Une unité de production supplémentaire peut réduire localement la pression sur les stocks si elle fonctionne de manière régulière et si son produit répond aux spécifications du marché. Mais l’absence de données sur sa capacité, ses rendements, ses intrants et son taux d’utilisation empêche d’estimer le volume de carburant qui pourrait remplacer les importations. Une mise en service ne signifie pas non plus une production continue à pleine charge.
Les ambitions de raffinage dépassent cette unité
La NOC a annoncé en janvier un objectif d’augmentation de la capacité de raffinage nationale, de 380 000 à 660 000 barils par jour. Le niveau réellement traité serait toutefois proche de 180 000 barils par jour. L’écart entre capacité nominale et production effective rappelle que les équipements disponibles ne suffisent pas : l’état des installations, les travaux de maintenance, l’approvisionnement en brut et les contraintes opérationnelles déterminent le débit réel.
La raffinerie de Ras Lanuf illustre la difficulté de remettre les actifs en service. La NOC en a repris le contrôle complet en mai, après un arrêt prolongé depuis 2013. Son dirigeant a évoqué un redémarrage dans un délai de six à douze mois, sous réserve d’environ 60 millions de dollars de maintenance. Sa capacité nominale de 220 000 barils par jour constitue un potentiel important, mais elle ne correspond pas à une production immédiatement disponible.
La compagnie nationale vise l’autosuffisance en essence d’ici 2037 et en diesel d’ici 2034. Ces horizons supposent la remise à niveau de plusieurs installations, des investissements soutenus et une amélioration durable de la logistique. L’unité de Sirte est ainsi une étape ponctuelle dans une stratégie plus vaste, dont les résultats dépendront de l’exploitation effective des actifs existants.
Mesurer l’impact sur les pénuries et les coûts
Pour évaluer cette nouvelle capacité, plusieurs informations restent à publier : le volume quotidien prévu, les dates de démarrage et de montée en régime, les spécifications du produit, ainsi que la part destinée au marché intérieur. La NOC devra également préciser les arrêts programmés et les moyens d’approvisionnement de l’unité. Sans ces éléments, les annonces de réduction des importations demeurent difficiles à comparer à la demande nationale.
La sécurité d’approvisionnement dépend aussi de la distribution. Les restrictions de livraison, les ruptures dans les dépôts, les retards de transport et les détournements de carburant peuvent interrompre la disponibilité même lorsque des volumes sont raffinés dans le pays. La lutte contre la contrebande, les contrôles aux points de transfert et une meilleure transparence des flux restent donc complémentaires à l’augmentation de la production.
Une mise en service à confirmer
La NOC avait annoncé que l’unité serait prête à être mise en service durant la semaine du 12 octobre. Faute de confirmation publique plus détaillée à la date de rédaction, il convient de distinguer le calendrier visé d’un démarrage effectif et stabilisé. La prochaine étape sera de publier les données d’exploitation et d’observer si les volumes atteignent les stations concernées.
Si l’unité fonctionne comme prévu, elle pourrait constituer un appoint dans une période de tension et fournir un retour d’expérience utile pour d’autres installations. Son apport restera toutefois à apprécier par rapport à un marché important, à la dépendance persistante aux produits importés et aux capacités encore inutilisées des raffineries libyennes. La crédibilité du programme national reposera sur des résultats réguliers, mesurables et communiqués avec précision.
