La Guinée équatoriale affirme avoir réduit à moins de sept le nombre de blocs d’exploration pétrolière et gazière encore disponibles, contre plus de vingt un an auparavant. Le ministre des Mines, des Hydrocarbures et de l’Énergie, Antonio Oburu Ondo, a présenté cette évolution lors du Global Energy Leaders Forum organisé dans le cadre de l’African Energy Week 2026 à Cape Town. Selon lui, les superficies attribuées ont suscité l’intérêt d’entreprises américaines et européennes, ainsi que de quelques opérateurs asiatiques.
Ce mouvement s’inscrit dans une évolution de la stratégie d’attribution : depuis mai, le ministère privilégie les négociations directes plutôt que les appels d’offres périodiques. Les blocs qui restent disponibles peuvent donc faire l’objet de propositions bilatérales. Cette méthode donne davantage de souplesse aux discussions avec les investisseurs, mais elle rend d’autant plus importante la transparence des critères, la stabilité du cadre juridique et la lisibilité des conditions offertes.
La présentation du ministre ne concerne pas seulement l’exploration. Elle s’accompagne d’un appel à investir dans le traitement du gaz, les capacités de stockage de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et les infrastructures du Gas Mega Hub. L’objectif affiché est de prolonger la chaîne de valeur sur le territoire national et d’attirer des capitaux capables de développer des installations industrielles.
Un portefeuille d’opportunités au-delà des blocs
Le Gas Mega Hub est au cœur de cette stratégie. Le dispositif regroupe des volumes issus de plusieurs champs, dont la ressource transfrontalière Yoyo-Yolanda partagée avec le Cameroun, en vue d’alimenter l’usine EG LNG de Punta Europa. Le gouvernement cherche désormais à augmenter les capacités de traitement et à développer d’autres unités. Pour les investisseurs, l’enjeu est de savoir si l’approvisionnement pourra être suffisamment régulier et si les infrastructures existantes peuvent être adaptées à de nouveaux volumes.
La disponibilité de gaz ne suffit pas à garantir la rentabilité d’une installation. Les projets doivent aussi sécuriser des contrats d’achat, le transport, les services techniques, les besoins en eau et en électricité ainsi que le financement de long terme. L’extension d’un hub peut créer des synergies entre plusieurs champs, mais elle suppose une coordination entre les opérateurs, les autorités et les pays voisins concernés par les ressources partagées.
Le ministre a également identifié le stockage de GPL sur le continent comme une opportunité immédiate. Le pays dépend actuellement d’un navire converti pour ses capacités de stockage. La construction d’installations à terre permettrait de renforcer la logistique et la sécurité d’approvisionnement, tout en réduisant la dépendance à une solution flottante. Un tel investissement nécessiterait toutefois une étude détaillée de la demande, des normes de sécurité, des connexions portuaires et des coûts d’exploitation.
L’ouverture de la découverte EG-27 à de nouveaux investisseurs complète ce portefeuille. Des discussions se poursuivent avec ConocoPhillips sur une base non exclusive, ce qui laisse ouverte la possibilité d’autres partenaires. La prochaine étape sera de préciser le potentiel technique du projet, les besoins d’évaluation et les conditions de partage des risques. À ce stade, la mention de la découverte ne doit pas être confondue avec une décision de développement ou une production garantie.
L’Asie et les États-Unis cherchent à renforcer leurs liens
L’intérêt de la Guinée équatoriale s’inscrit dans une concurrence plus large pour les approvisionnements en gaz. Le représentant du ministère japonais de l’Économie, du Commerce et de l’Industrie a décrit l’Afrique comme une option d’approvisionnement de plus en plus importante pour le Japon. Face aux perturbations des marchés, Tokyo cherche à diversifier ses fournisseurs, à élargir ses débouchés et à renforcer sa préparation aux situations d’urgence. Il a également souligné le rôle d’un environnement commercial stable dans la décision d’engager des capitaux.
Marubeni détient déjà 6,067 % d’EG LNG à travers sa filiale enregistrée au Royaume-Uni. Cette présence donne un ancrage existant à la relation avec des acteurs japonais, sans garantir pour autant que de nouveaux investissements soient décidés. Les projets additionnels devront être évalués sur leur coût, leur calendrier, leur cadre contractuel et leur capacité à générer des flux de revenus prévisibles.
La relation avec Washington a, elle aussi, été mise en avant. Un représentant du département américain de l’Énergie a indiqué que les institutions américaines de financement du développement recherchent des partenariats plus étroits avec des projets africains de transformation, notamment dans le raffinage. Une prise de participation publique peut constituer un signal d’engagement de long terme, mais la décision de financement dépendra de la préparation du projet, de sa gouvernance et de ses risques.
La question de la prévisibilité réglementaire
Pour les projets d’exploration, de liquéfaction et de stockage, la stabilité réglementaire compte autant que la présence de ressources. La négociation directe peut accélérer les échanges entre l’État et les entreprises, mais elle doit s’accompagner d’une information claire sur les procédures, les obligations des opérateurs et les conditions d’attribution. La confiance des investisseurs se construit aussi par la cohérence des décisions et par la capacité à les appliquer dans la durée.
La réduction du nombre de blocs disponibles constitue un indicateur d’intérêt, mais pas une mesure suffisante de l’investissement effectivement mobilisé. Il faudra suivre les accords conclus, les travaux d’exploration engagés, les décisions de développement et la progression des installations annoncées. Le maintien des entreprises sur le long terme dépendra également de la qualité des infrastructures et de la disponibilité d’un cadre de règlement des différends jugé fiable.
La Guinée équatoriale cherche ainsi à passer d’une logique centrée sur la mise à disposition de superficies à une offre plus intégrée, qui associe production, transformation et logistique. L’ambition peut renforcer la valeur locale, à condition que les nouvelles capacités soient soutenues par des ressources, des débouchés et des financements réalistes. Les moins de sept blocs encore ouverts donnent une mesure de l’appétit affiché par les investisseurs ; les contrats et les investissements exécutés diront si cet intérêt se transforme en activité durable.
