Le Ghana annonce un accord de 28 milliards de dollars pour la deuxième phase de son projet de hub pétrolier à Jomoro. Signé le 19 octobre par la Petroleum Hub Development Corporation (PHDC) et un consortium international conduit par Global Sphere, le partenariat prévoit une raffinerie de 300 000 barils par jour, deux unités pétrochimiques et des installations portuaires. L’ambition industrielle est considérable. Sa crédibilité dépendra toutefois de la capacité à transformer l’accord annoncé en financement, en travaux et en approvisionnement durable.
Une deuxième phase annoncée avant le démarrage de la première
Le projet de Jomoro, dans la région occidentale du Ghana, doit se développer en trois phases et représenter environ 60 milliards de dollars à terme. La deuxième phase, objet du nouvel accord, comprend une raffinerie pouvant traiter 300 000 barils de brut par jour, deux usines pétrochimiques et une jetée. Le calendrier présenté prévoit un lancement des travaux au début de 2027 et leur achèvement en 2031.
Le montage est de type construction-exploitation : le consortium est censé construire les installations puis en assurer l’exploitation selon les modalités du partenariat. La PHDC présente l’accord comme un investissement de 28 milliards de dollars. Cette somme doit cependant être comprise comme la valeur annoncée du programme, et non comme la preuve que l’intégralité des fonds a déjà été mobilisée ou décaissée. Les informations publiques disponibles ne détaillent ni le calendrier de décaissement, ni les garanties, ni la répartition des risques entre les partenaires.
Le consortium réunit des investisseurs et des partenaires techniques associés à la Corée du Sud, aux Émirats arabes unis et au Mali. Son chef de file est Global Sphere. L’identité des autres membres, la structure de leur participation et leur capacité financière ne sont pas encore exposées de manière suffisamment détaillée pour évaluer le montage. La transparence sur ces éléments sera déterminante pour les bailleurs, les fournisseurs et les investisseurs qui pourraient être appelés à intervenir ensuite.
Le foncier reste le test immédiat
La séquence du projet impose une réserve importante. La première phase, évaluée à 12 milliards de dollars, a fait l’objet d’un lancement symbolique en 2024, mais les travaux physiques n’ont pas encore débuté. Le processus d’acquisition foncière et les discussions avec les communautés locales demeurent des étapes déterminantes. La superficie envisagée a été réduite d’environ 20 000 à 12 300 acres après des préoccupations exprimées à Jomoro.
Cette situation ne rend pas automatiquement impossible la deuxième phase, mais elle montre que les annonces d’investissement ne suffisent pas à faire avancer un projet aussi vaste. Les droits fonciers, les indemnisations, l’acceptabilité locale et la disponibilité des infrastructures doivent progresser en parallèle. La PHDC et les autorités devront démontrer que les engagements liés au terrain et aux populations peuvent être tenus avant que le calendrier industriel soit considéré comme solide.
Le contraste entre une première phase encore bloquée et une deuxième annoncée à 28 milliards de dollars est donc central. Il invite à distinguer la mobilisation politique et commerciale, utile pour attirer des partenaires, de la clôture financière et du démarrage effectif des chantiers. Les étapes vérifiables seront notamment la publication des accords détaillés, la sécurisation des financements, la remise des terrains et l’attribution de contrats d’ingénierie et de construction.
Un pari sur la transformation régionale du pétrole
À pleine capacité, le plan global de Jomoro vise trois raffineries totalisant près de 900 000 barils par jour, cinq unités pétrochimiques et jusqu’à 10 millions de mètres cubes de stockage. Le Ghana veut réduire sa dépendance aux importations de carburants et proposer des produits raffinés aux marchés d’Afrique de l’Ouest. Une raffinerie de 300 000 barils par jour pourrait contribuer à cet objectif, mais elle devrait trouver un approvisionnement régulier en brut, des débouchés commerciaux et une logistique compétitive.
La région présente un marché potentiel important, mais elle n’est pas dépourvue de capacités de raffinage existantes ou en cours de développement. Le projet devra donc démontrer qu’il peut produire à des coûts soutenables, accéder aux matières premières et répondre aux spécifications des marchés visés. Les deux unités pétrochimiques pourraient diversifier les revenus au-delà des carburants, à condition que leurs matières premières et leurs contrats de vente soient également sécurisés.
Le partenariat de type construction-exploitation peut limiter la charge immédiate pesant sur le budget public, mais il ne supprime pas les risques. Il faudra comprendre qui portera les dépassements de coûts, comment les infrastructures communes seront financées, quel sera le régime de propriété des actifs et quelles garanties publiques pourraient être mobilisées. Ces paramètres sont essentiels pour mesurer le bénéfice réel du projet pour le Ghana.
De l’annonce à la preuve d’exécution
Le nouvel accord donne une visibilité supplémentaire au projet et signale un intérêt d’investisseurs étrangers pour le raffinage et la pétrochimie en Afrique de l’Ouest. Il ne résout pas encore les obstacles déjà observés à Jomoro. Pour le gouvernement et la PHDC, la prochaine étape consiste à rendre le partenariat vérifiable : identifier les membres du consortium, préciser les financements, publier les échéances contractuelles et relier le calendrier de la deuxième phase aux progrès de la première.
Le projet sera jugé moins sur le montant affiché que sur les étapes qui suivront. Si les financements sont confirmés et les travaux commencent dans des conditions transparentes, Jomoro pourrait devenir un pôle majeur de transformation et de logistique énergétique. Si le foncier, les contrats ou les capitaux restent incertains, l’écart entre la vision de 60 milliards de dollars et sa réalisation continuera de s’élargir.
