La Côte d’Ivoire a attiré 186 millions de dollars d’investissements dans l’exploration minière en 2025, selon le rapport World Exploration Trends 2026 de S&P Global Market Intelligence. Le secteur aurifère continue d’attirer de nouveaux acteurs, en particulier dans les zones où les formations géologiques sont proches de gisements déjà identifiés. Cette dynamique renforce l’activité d’exploration, sans pour autant garantir la découverte de nouvelles ressources.
Le 26 octobre, Waraba Gold a annoncé un accord avec l’australien Desert Metals en vue d’acquérir une participation de 80 % dans Leo Resources, filiale titulaire d’un permis de recherche de 212,66 km². Le montant total de l’opération pourrait atteindre 5 millions de dollars australiens, soit environ 3,5 millions de dollars américains.
Un permis voisin de Sissingué
Le périmètre se situe sur la ceinture de roches vertes de Boundiali, à proximité des terrains détenus par Waraba et de la mine de Sissingué, exploitée par Perseus Mining. L’entreprise cherche à étendre son empreinte autour de Tengrela et pourrait porter son ensemble foncier à environ 1 000 km², en incluant des demandes de permis encore en attente.
Le rapprochement avec un district déjà exploré présente un avantage opérationnel : les données géologiques et les infrastructures existantes peuvent orienter les campagnes de terrain. Mais les similitudes avec un gisement voisin ne constituent pas une preuve de minéralisation économiquement exploitable. Il faudra confirmer la continuité des zones minéralisées, leurs teneurs et leur potentiel par des travaux d’exploration et, le cas échéant, des forages.
L’accord avec Desert Metals porte sur une participation détenue dans Leo Resources. Sa mise en œuvre reste soumise aux conditions contractuelles et aux démarches nécessaires au transfert de l’intérêt. L’annonce correspond donc à une opération en cours, pas à une acquisition déjà achevée ni à une mine en développement.
Un mouvement plus large de juniors minières
Waraba n’est pas la seule société à se positionner. Quelques jours auparavant, Eminence Minerals a exercé des options lui donnant accès à une participation initiale de 30 % dans cinq projets aurifères ivoiriens : Tarato, Kounouman, Banandje, Sarhala et Tonkpi. Cette opération marque l’entrée de l’entreprise dans le pays, alors que Waraba y est déjà active.
Les deux stratégies reposent sur la recherche de terrains proches d’actifs connus ou situés dans des districts jugés prometteurs. Les sociétés citent notamment des projets associés à Endeavour Mining, Montage Gold ou Aurum Resources. Le développement de Boundiali par Aurum, dont les ressources annoncées atteignent 3,22 millions d’onces, contribue à renforcer l’intérêt pour la région. Une ressource minérale demeure toutefois une estimation géologique : elle ne signifie pas automatiquement que le minerai est exploitable avec profit.
La proximité d’un projet avancé peut aider à attirer des capitaux, des compétences et des services spécialisés. Elle peut aussi accroître la concurrence pour les permis et les équipes techniques. Pour les communautés locales, l’enjeu est de transformer cette activité d’exploration en emplois, contrats et recettes durables, tout en encadrant les impacts des travaux de terrain.
Le passage de l’exploration à la mine reste sélectif
Une hausse des dépenses d’exploration indique que les investisseurs identifient un potentiel, mais les dépenses ne préjugent pas des résultats. Les juniors doivent financer des campagnes coûteuses, publier des données suffisamment robustes et, en cas de découverte, conduire des études de faisabilité et obtenir les autorisations nécessaires.
La Côte d’Ivoire s’est affirmée comme l’un des pôles de croissance aurifère d’Afrique de l’Ouest. La multiplication des projets d’exploration peut élargir le portefeuille de découvertes futures et soutenir l’activité des fournisseurs locaux. La valeur créée dépendra toutefois de la qualité des gisements, de leur financement et de leur intégration dans l’économie nationale.
Pour Waraba, le prochain jalon sera la finalisation de l’accord et la définition des travaux sur le permis Leo. Pour Eminence et les autres acteurs, les résultats des premières campagnes permettront de mesurer si l’intérêt pour les terrains autour de Boundiali se traduit en cibles concrètes. À ce stade, le mouvement est surtout celui d’une course aux positions et aux données géologiques.
Un marché où le risque géologique reste central
Les accords d’acquisition de permis interviennent généralement avant la découverte et s’accompagnent de dépenses progressives. Les juniors peuvent engager des études, des levés géophysiques et des forages par étapes, puis ajuster leur programme selon les résultats. Cette méthode limite les sommes mobilisées au départ, mais rend la continuité du financement déterminante : sans nouveaux capitaux, une cible prometteuse peut rester inexplorée pendant plusieurs saisons.
Pour Waraba, l’intérêt du permis Leo dépendra de la qualité des données disponibles et de la capacité à construire un programme de travaux cohérent avec ses terrains voisins. Les actionnaires et les autorités suivront la finalisation de l’accord, les autorisations de transfert, les engagements de dépenses et la publication des résultats. Pour Eminence, les premières campagnes sur ses cinq projets devront établir quelles zones méritent un approfondissement. L’accès à des districts actifs réduit certaines incertitudes, mais n’élimine ni le risque d’échec ni celui d’une minéralisation trop profonde ou trop dispersée.
La multiplication des permis peut soutenir les entreprises locales de géologie, de transport et de services de terrain. Elle demande aussi une administration capable de suivre les obligations de travaux, de prévenir la spéculation foncière et de veiller à la concertation avec les communautés. Une politique d’exploration réussie combine attractivité pour les investisseurs et exigences claires en matière d’emploi, de sécurité et de remise en état des sites.
