La Société américaine de financement du développement international (DFC) a engagé plus de 14 milliards de dollars en Afrique, selon Vibhuti Jain, sa directrice régionale pour le continent. Lors d’un forum États-Unis–Afrique organisé à l’African Energy Week 2026, elle a cité le financement de terminaux d’importation de gaz naturel liquéfié et de gazoducs parmi les domaines où l’institution soutient des projets. Le montant désigne des engagements, et non un total de fonds déjà versés ou de projets achevés.
Le débat à Cape Town a porté sur la manière de transformer l’intérêt des investisseurs en projets finançables. Les institutions publiques américaines, les fonds souverains africains et les opérateurs ont convergé sur un obstacle : nombre d’initiatives restent à un stade trop précoce ou insuffisamment préparées pour atteindre la clôture financière. Les études de faisabilité, les évaluations d’impact, les garanties et la prévisibilité réglementaire deviennent donc des composantes centrales du financement.
La préparation des projets, premier verrou
La DFC ne finance pas un projet sans étude de faisabilité, analyse d’impact et évaluation de sa viabilité commerciale. L’institution peut toutefois offrir des subventions remboursables afin d’aider les partenaires à financer ces travaux préliminaires. Ce soutien vise à réduire le risque d’une phase où les dépenses sont déjà importantes, mais où les revenus futurs et les conditions de mise en œuvre restent incertains.
Pour les infrastructures gazières interconnectées, Jain a souligné l’importance de garanties apportées par les gouvernements hôtes. Un terminal, un gazoduc et une centrale peuvent dépendre les uns des autres : si une partie de la chaîne n’est pas financée ou si les acheteurs ne s’engagent pas sur les volumes, l’ensemble devient plus risqué. Des garanties et des contrats d’approvisionnement peuvent aider à rendre chaque composante finançable, mais ils créent aussi des obligations à long terme pour les États.
Le fonds souverain angolais a lui aussi créé une enveloppe destinée à la préparation de projets. Son président, Armando Manuel, a expliqué que des initiatives mal préparées ne parviennent souvent pas à mobiliser le financement nécessaire. Le fonds se concentre notamment sur les lignes de transport électrique, tout en étudiant des perspectives dans le milieu et l’aval pétroliers ainsi que les champs marginaux.
Un intérêt américain plus large pour les ressources africaines
Les financements publics américains ne se limitent pas à la DFC. Joshua Volz, envoyé spécial du département de l’Énergie pour l’intégration énergétique mondiale, a indiqué que l’Afrique représentait désormais 30 % de l’exposition de l’Export-Import Bank des États-Unis. Il a appelé les gouvernements africains à réduire la durée des procédures d’autorisation, estimant que les retards administratifs peuvent décourager les capitaux aussi sûrement que le risque politique.
Les opérateurs ont de leur côté insisté sur la stabilité fiscale. Pour des actifs qui peuvent nécessiter trente à quarante ans d’exploitation, les clauses de stabilisation et la visibilité sur les règles influencent les décisions d’investissement. L’ancien ministre égyptien du Pétrole Tarek El Molla a rappelé que les investisseurs accordent davantage de poids à des garanties inscrites dans des textes qu’à de simples promesses. La confiance se construit dans la durée, par la cohérence entre les contrats, la réglementation et leur application.
Les règles de contenu local ont également été discutées. L’exigence d’un partenaire local majoritaire peut freiner certains investisseurs si le partenaire ne contribue pas au financement proportionnel de sa participation. L’objectif d’accroître la part des entreprises nationales reste légitime, mais il doit s’accompagner d’un accès au capital, de transferts de compétences et d’une clarification des responsabilités afin que les entreprises locales puissent effectivement jouer leur rôle.
Mobiliser le capital sans fragiliser les États
Les garanties publiques peuvent rendre un projet plus attrayant pour les prêteurs, mais elles exposent les budgets nationaux à des risques si la demande, les prix ou les délais évoluent défavorablement. Les autorités doivent donc publier les engagements, limiter les garanties à des risques précisément définis et tester plusieurs scénarios de marché. Un financement accordé n’est pas un gain automatique : il s’accompagne de conditions, de calendriers de décaissement et parfois de frais et d’obligations de remboursement.
Les accords de co-investissement, comme celui évoqué autour du projet de terres rares de Longonjo en Angola, peuvent combiner financement public et participation de fonds souverains. Ils peuvent aider à soutenir des actifs stratégiques, mais demandent des règles de gouvernance et des objectifs de rendement explicites. Les fonds publics doivent également examiner la valeur économique créée, les emplois locaux, l’accès aux infrastructures et la contribution aux chaînes industrielles.
Le seuil des 14 milliards signale que la DFC est devenue un acteur important de la présence financière américaine en Afrique. La question désormais est de savoir quelle part de ces engagements se traduira en actifs en construction, en capacités de production ou en services énergétiques. La réponse dépendra de la qualité des projets, du partage équilibré des risques et de la capacité des gouvernements à assurer un environnement stable tout en protégeant l’intérêt public.