La croissance de l’or ivoirien crée un marché parallèle à celui des mines : l’analyse des échantillons. À Koné, MSALABS a commencé à traiter des prélèvements pour Montage Gold dans le cadre d’un contrat de cinq ans. À Korhogo, une autre installation se prépare à accueillir ses premiers échantillons avant la fin de 2026. Ces projets répondent à un besoin technique essentiel, tout en posant une question industrielle : quelle part des analyses minières peut être réalisée durablement en Côte d’Ivoire ?
Une fonction déterminante du laboratoire
Avant de décider où forer, quelle zone exploiter ou quel minerai alimentera une usine, une compagnie doit mesurer la composition des roches. Les géologues prélèvent des échantillons à différentes profondeurs; les laboratoires les préparent puis quantifient la teneur en or et d’autres éléments. Les résultats alimentent l’estimation des ressources et les études techniques et économiques qui déterminent si un gisement peut être développé.
À Koné, MSALABS, filiale du groupe Capital Limited, construit et exploite un laboratoire sur le site de la future mine de Montage Gold. Le contrat s’étend sur cinq ans et apporte une capacité d’analyse à proximité des opérations. Le gain de délai peut aider les équipes à ajuster leurs campagnes de forage et à éviter le transport systématique d’échantillons vers des laboratoires éloignés. Le niveau d’activité dépendra toutefois du calendrier d’exploration puis de la montée en production du projet.
À Korhogo, MSALABS prépare une seconde installation dont le démarrage était prévu avant la fin de l’année. Son ouverture pourrait élargir l’offre locale de services. Comme pour toute nouvelle capacité, la demande régulière déterminera si les équipements sont suffisamment utilisés pour couvrir leurs coûts d’exploitation et maintenir des délais compétitifs.
Une concurrence déjà installée
Les opérateurs internationaux sont présents depuis plusieurs années. SGS a ouvert un laboratoire commercial à Yamoussoukro en 2022, ajoutant l’analyse aurifère à ses activités de préparation d’échantillons. Bureau Veritas exploite un laboratoire minier dans la zone industrielle de Yopougon, à Abidjan. Cette présence traduit la demande liée à la croissance des mines et des programmes d’exploration, mais elle soumet aussi les installations locales à une concurrence fondée sur la précision, la rapidité, les coûts et la fiabilité.
Les laboratoires peuvent également se partager les différentes étapes d’une campagne. Des échantillons préparés à Yamoussoukro ont ainsi été envoyés au Ghana pour l’analyse de l’or et en Irlande pour mesurer d’autres éléments. Des contre-analyses réalisées dans un second laboratoire servent à contrôler les résultats. Cette pratique constitue une garantie de qualité, mais elle signifie aussi qu’une partie de la valeur des prestations et des dépenses de laboratoire échappe au pays où le minerai est exploré.
La filiale MSALABS a réalisé un chiffre d’affaires mondial de 73,5 millions de dollars en 2025, en hausse de 68,2 % sur un an, selon les données de Capital Limited. La société anticipait entre 85 et 95 millions de dollars en 2026. Ces chiffres concernent l’ensemble du réseau international et ne renseignent pas sur les revenus attendus des installations ivoiriennes.
La place de l’expertise nationale
La Société pour le développement minier de la Côte d’Ivoire (SODEMI) dispose elle aussi d’un laboratoire à Abidjan. Son service d’analyse de l’or a obtenu en 2023 l’accréditation ISO/IEC 17025, une reconnaissance de compétence technique pour des essais déterminés. Cette accréditation peut contribuer à la confiance des clients, mais elle ne garantit pas à elle seule un volume de commandes. Il faut également des équipements entretenus, des procédures de contrôle, des délais fiables et une équipe qualifiée.
Koné Moussa Seydou, directeur général de la SODEMI, met en avant la précision des équipements du laboratoire public, capables de mesurer les teneurs métalliques à des échelles fines. Cet atout technique peut renforcer sa crédibilité auprès des opérateurs, sans garantir à lui seul l’obtention de contrats.
Les autorités ivoiriennes souhaitent renforcer l’utilisation de cette expertise dans le secteur minier. En mai 2026, la SODEMI a présenté ses services aux artisans miniers dans le cadre d’un accompagnement à la professionnalisation. Des analyses fiables peuvent soutenir la traçabilité et aider les mineurs à mieux connaître la valeur de leur production. Elles ne remplacent cependant ni les règles de formalisation ni les dispositifs de contrôle de l’or commercialisé.
Pour les laboratoires nationaux, la difficulté est de transformer une accréditation et des compétences en activité régulière. Les compagnies doivent avoir confiance dans les résultats et dans la capacité des installations à absorber des volumes importants. Les commandes peuvent être réparties entre plusieurs prestataires, selon les exigences des investisseurs et les protocoles de vérification.
Du potentiel minier à la valeur locale
La production d’or de Côte d’Ivoire a presque quintuplé depuis 2012, soutenue par l’ouverture de nouvelles mines et l’extension des sites existants. L’exploration et le développement de nouveaux projets devraient entretenir la demande d’analyses. La progression du secteur ne se traduira toutefois pas automatiquement par une chaîne locale complète de services. Les sociétés de laboratoire devront démontrer leur compétitivité face aux fournisseurs étrangers et obtenir des contrats qui assurent l’utilisation de leurs équipements.
Les indicateurs à suivre sont le nombre d’échantillons traités localement, les délais de rendu, la part des analyses sous-traitées à l’étranger et la valeur des contrats remportés par des entreprises ivoiriennes. La coopération entre laboratoires publics et privés pourrait compléter l’offre, à condition de préserver l’indépendance des résultats et la transparence des méthodes.
Les nouveaux projets à Koné et Korhogo signalent que les analyses deviennent un segment identifié de l’écosystème minier ivoirien. Leur contribution à la création de valeur dépendra maintenant de la régularité des commandes, de la reconnaissance des résultats et de la capacité des acteurs nationaux à capter une part plus importante des prestations liées à l’exploration et à la production.
