Climat : les renouvelables peuvent replacer l’action climatique au premier plan

Illustration : production solaire raccordée au réseau électrique.

Les chocs énergétiques n’ont pas fait disparaître le climat de l’agenda mondial. Ils pourraient au contraire renforcer l’intérêt pour des solutions capables de réduire la dépendance aux combustibles importés, de contenir les coûts et d’être déployées rapidement. C’est le signal mis en avant par Fatih Birol, directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), lors d’un sommet du Financial Times consacré à la transition énergétique.

Dans le résumé public de son intervention, Birol souligne que les énergies renouvelables peuvent répondre à ces attentes par leur rapidité de mise en service et leur coût compétitif. Le propos ne signifie pas que l’éolien et le solaire peuvent répondre seuls à tous les besoins, ni que la crise énergétique est résolue. Il rappelle plutôt que la politique climatique et la sécurité d’approvisionnement peuvent avancer dans la même direction lorsque les investissements sont bien planifiés.

La sécurité énergétique élargit le débat climatique

Les tensions géopolitiques et les perturbations des marchés rendent les importations de pétrole et de gaz plus vulnérables aux variations de prix et aux blocages logistiques. Les gouvernements doivent alors arbitrer entre disponibilité à court terme, facture énergétique, compétitivité industrielle et réduction des émissions. Ce contexte rend les solutions locales de production électrique plus attractives, même si leur développement exige des infrastructures et des capacités d’équilibrage.

L’AIE observe que l’électricité prend une place croissante dans l’économie mondiale. Dans une analyse publiée en janvier 2026, l’agence estime que son usage augmente environ deux fois plus vite que la demande énergétique totale, porté notamment par l’industrie, les transports, le chauffage, les centres de données et les technologies numériques. Cette évolution accroît le besoin d’investir dans les centrales, mais aussi dans les réseaux et les équipements qui assurent la continuité du service.

Les renouvelables occupent déjà une part importante de la nouvelle demande d’électricité dans de nombreux pays, souvent parce qu’elles offrent une option compétitive. Cette évolution varie d’un marché à l’autre et dépend du coût du financement, des ressources naturelles, de la disponibilité des terrains et de l’état des réseaux. Un projet solaire peut être construit rapidement, mais il ne fournit pas nécessairement de l’électricité à toute heure. La valeur du projet dépend alors de la flexibilité du système qui l’accueille.

Le prix de l’électricité dépend aussi du réseau

Le coût de production d’une centrale ne représente qu’une partie du coût final pour l’usager. Les lignes de transport, les postes, le stockage, les interconnexions régionales, les systèmes de prévision et la gestion de la demande déterminent la capacité à intégrer de nouvelles sources. Sans ces investissements, des centrales performantes peuvent produire moins que prévu ou ne pas alimenter les zones qui en ont le plus besoin.

La planification doit donc associer les objectifs climatiques aux besoins du système électrique : renforcer les réseaux avant les congestions, coordonner les projets éoliens et solaires avec les ressources pilotables, et développer les solutions de stockage lorsque leur coût et leur usage le justifient. L’efficacité énergétique contribue également à modérer les pointes de demande et à réduire les dépenses supportées par les ménages et les entreprises.

Pour les marchés émergents, un autre facteur pèse fortement : le coût du capital. Les taux d’intérêt, les risques de change et les garanties demandées aux acheteurs peuvent rendre plus coûteux un projet pourtant compétitif sur le plan technique. Les financements concessionnels, les garanties publiques et les partenariats de long terme peuvent améliorer la bancabilité, à condition que les contrats répartissent clairement les risques et que les projets soient intégrés aux stratégies nationales.

Une transition qui reste plurielle

La progression des renouvelables ne signifie pas une sortie immédiate du pétrole et du gaz. Ces ressources resteront présentes dans les transports, l’industrie, la pétrochimie et certains systèmes électriques pendant une période prolongée. La réponse à la volatilité doit donc combiner efficacité, diversification, infrastructures fiables et réduction progressive des émissions, plutôt que reposer sur une seule technologie.

L’AIE souligne aussi que les risques de sécurité se déplacent. Aux vulnérabilités des approvisionnements fossiles s’ajoutent celles des réseaux électriques, des chaînes de fabrication et des minerais stratégiques nécessaires aux batteries, aux équipements et aux infrastructures. Diversifier les sources de production sans diversifier les fournisseurs de composants peut déplacer la dépendance au lieu de la réduire.

Le développement de capacités industrielles locales devient ainsi une question de sécurité économique. Les pays capables de produire, entretenir ou réparer une partie des équipements et de former des techniciens peuvent mieux maîtriser les délais et les coûts. La coopération internationale reste essentielle, mais elle gagne à s’accompagner de transferts de compétences et d’un accès plus large aux technologies.

Une opportunité pour les pays africains

Pour l’Afrique, où l’accès à une électricité fiable demeure un enjeu majeur pour les ménages et l’industrialisation, les projets renouvelables peuvent contribuer à augmenter l’offre et à réduire l’exposition aux importations de combustibles. Mais le succès dépendra de la capacité à financer les réseaux, à améliorer la distribution et à articuler les nouvelles centrales avec les infrastructures existantes.

Les pays disposant d’un fort potentiel solaire, éolien, hydraulique ou géothermique peuvent tirer parti de ressources locales, tout en adaptant leurs choix à la demande et aux capacités de chaque système. Les interconnexions régionales peuvent réduire les coûts lorsque les pays coordonnent leurs investissements, leurs règles et leurs échanges d’électricité. Les projets doivent toutefois être évalués selon leur coût complet, leur calendrier, leur impact sur les tarifs et leur contribution aux activités productives.

Le message de Birol remet donc en avant une convergence possible : une énergie renouvelable compétitive peut servir à la fois la réduction des émissions et la sécurité d’approvisionnement. Pour qu’elle se traduise par des résultats, les États devront accélérer les projets réalisables, investir dans les réseaux et sécuriser les financements. Le climat reviendra durablement au centre des décisions lorsque les engagements se traduiront par une électricité fiable, abordable et accessible.

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