West African Resources (WAF) maintient une ambition élevée au Burkina Faso : produire entre 430 000 et 490 000 onces d’or en 2026, soit environ 13,4 à 15,2 tonnes. L’objectif repose sur la montée en puissance de Kiaka, qui vit sa première année complète d’exploitation, et sur la continuité de Sanbrado. Il se heurte toutefois à une contrainte concrète : la disponibilité des explosifs nécessaires aux opérations de forage et d’abattage.
Les données publiées début octobre montrent que la cible reste accessible, sans être acquise. Au troisième trimestre, le groupe a produit 127 950 onces, portant sa production cumulée depuis janvier à 360 857 onces. Pour atteindre le bas de sa fourchette annuelle, il lui reste à produire environ 69 000 onces au dernier trimestre; pour rejoindre le haut de l’objectif, il lui en faudrait près de 129 000. Le niveau atteint au troisième trimestre place donc le cap dans le domaine du possible, mais l’exécution des opérations et l’approvisionnement demeurent déterminants.
Kiaka change d’échelle
La nouvelle mine de Kiaka est le principal moteur de croissance. En 2026, première année complète après son démarrage, elle devrait contribuer à hauteur de 240 000 à 280 000 onces. Sanbrado, le site historique du groupe, est attendu entre 190 000 et 210 000 onces. Cette répartition donne à WAF deux centres de production complémentaires, mais elle rend également la performance du groupe sensible aux difficultés qui touchent chacun d’eux.
Au troisième trimestre, Kiaka a produit 76 030 onces, tandis que Sanbrado en a fourni 51 920. La montée en régime de Kiaka compense donc une période moins favorable à Sanbrado. Les deux sites restent exposés aux contraintes communes de l’exploitation minière au Burkina Faso : logistique, disponibilité des consommables, énergie et accès aux intrants spécialisés.
Les explosifs occupent une place particulière dans cette chaîne. Ils sont indispensables au décapage des couches de roche et à l’accès au minerai dans les mines à ciel ouvert. Une fourniture insuffisante peut réduire le rythme des travaux préparatoires, retarder la mise à disposition du minerai et compliquer la planification des usines de traitement. L’effet n’est pas toujours immédiat sur l’or produit, car les stocks, les calendriers de production et les différentes sources de minerai peuvent amortir le choc. Mais une contrainte prolongée réduit la souplesse opérationnelle.
Une cible qui dépend de la régularité des opérations
WAF a indiqué que l’approvisionnement en explosifs avait pesé sur certains travaux miniers, notamment dans le développement de Toega et à Kiaka. L’entreprise a diversifié ses fournisseurs et la situation s’est améliorée au troisième trimestre, mais elle a aussi signalé que l’accès aux explosifs restait un point de vigilance. Cette nuance compte : l’objectif annuel n’a pas été abandonné, mais le risque opérationnel n’a pas disparu.
La performance du trimestre donne néanmoins un appui tangible à la prévision. Avec 127 950 onces, la production trimestrielle dépasse le rythme moyen nécessaire pour atteindre le seuil bas de 430 000 onces. Le groupe a également réalisé 135 245 onces de ventes sur la période, à un prix moyen de 4 240 dollars l’once. Ces ventes ne doivent pas être confondues avec la production du trimestre : elles peuvent intégrer des variations de stocks et de calendrier de livraison.
La progression ne dépend pas uniquement du volume extrait. Le coût de l’énergie, le prix des consommables et les redevances liées au cours de l’or influencent la rentabilité. Dans ses prévisions de début d’année, WAF anticipait un coût global de maintien inférieur à 1 900 dollars l’once, avec une hypothèse de prix de l’or de 4 000 dollars. Une hausse du métal peut accroître les revenus, mais elle peut aussi relever certaines redevances calculées selon un barème progressif au Burkina Faso.
Un enjeu industriel et budgétaire pour le pays
La trajectoire de WAF a une portée qui dépasse les résultats d’une entreprise. Le Burkina Faso détient une participation de 15 % dans les projets concernés et perçoit des redevances, impôts et autres contributions liés à leur activité. Une production soutenue renforce donc les recettes publiques et l’activité autour des sites, tandis que les retards ou les hausses de coûts peuvent en réduire les retombées à court terme.
Le débat porte aussi sur la capacité du pays à sécuriser les intrants essentiels à ses mines tout en contrôlant leur importation, leur stockage et leur usage. Les explosifs sont des produits sensibles pour des raisons de sécurité publique, mais leur disponibilité conditionne aussi la continuité des opérations industrielles. L’équilibre entre surveillance stricte, autorisations prévisibles et approvisionnement des sites devient un enjeu de compétitivité pour l’ensemble de la filière.
Pour les communautés et les fournisseurs locaux, la stabilité des programmes miniers a également des effets directs : contrats de transport, travaux, services, emploi et achats locaux. Une production annoncée ne se traduit toutefois pas automatiquement par une hausse équivalente de ces retombées. La qualité des liens entre les mines, les entreprises burkinabè et les finances publiques reste un déterminant essentiel de la valeur captée dans le pays.
Le dernier trimestre sera décisif
Le résultat annuel dépendra du maintien d’un rythme d’extraction élevé jusqu’à la fin de l’année et de la capacité à absorber les contraintes sur les intrants. Le cumul de 360 857 onces après neuf mois place WAF en position d’atteindre au moins le bas de sa fourchette si la production du quatrième trimestre se poursuit sans rupture majeure. Le haut de l’objectif suppose une performance plus exigeante, proche du meilleur trimestre enregistré jusqu’ici.
Le suivi devra donc porter sur plusieurs indicateurs : le volume produit à Kiaka et Sanbrado, l’évolution de l’approvisionnement en explosifs, les stocks de minerai, les coûts de traitement et la confirmation de la prévision annuelle. La question centrale n’est pas seulement de savoir si WAF peut approcher 15 tonnes, mais si la montée en puissance de Kiaka peut transformer une année record en base durable pour la production et les recettes minières du Burkina Faso.