Le Burkina Faso veut accélérer l’électrification du pays grâce à un programme public estimé à plus de 2 800 milliards FCFA, soit environ 4,8 milliards de dollars. Adopté en Conseil des ministres le 22 octobre 2026, « Faso Wa-Fulu » doit soutenir l’accès à l’énergie à l’horizon 2030. L’annonce intervient alors que seuls 34 % de la population disposaient d’un accès à l’électricité en 2024, selon les données de la Banque mondiale citées par les autorités.
Le ministère chargé de l’Énergie présente le programme comme une réponse à plusieurs contraintes : faible couverture, coût élevé de l’approvisionnement, investissements insuffisants et limites des capacités de production. Le plan repose sur quatre composantes — brigades d’électrification, inclusion communautaire, accès énergétique et souveraineté énergétique — qui visent à agir à la fois sur la desserte et sur l’organisation du secteur.
Le montant de 2 800 milliards FCFA constitue une enveloppe annoncée pour le programme. Les informations communiquées ne détaillent pas encore la répartition annuelle des dépenses, les sources de financement ni la part des investissements déjà sécurisée. Le chiffre ne doit donc pas être interprété comme un budget intégralement mobilisé ou décaissé.
Une ambition qui part d’un accès encore faible
Le taux d’accès de 34 % en 2024 met en évidence l’ampleur du défi. Les zones rurales sont particulièrement concernées, avec des conséquences directes pour les centres de santé, les écoles, les petites entreprises et les activités de transformation agricole. Sans énergie fiable, les services publics fonctionnent sous contrainte et les entreprises disposent de moins de possibilités pour produire, conserver et vendre leurs biens.
Le rythme d’extension du réseau est un point de vigilance. La Banque mondiale estime qu’au rythme observé récemment, l’accès universel pourrait être atteint très tardivement, bien après les objectifs actuels. Cette projection souligne l’écart entre la tendance de référence et le calendrier politique ; elle ne préjuge pas des résultats que pourrait obtenir le nouveau programme s’il est financé et exécuté à une cadence plus soutenue.
Le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a décrit l’initiative comme visant à « accélérer l’accès à l’énergie pour tous à l’horizon 2030 ». Il a également évoqué un programme de dix ans, avec une première période consacrée à l’accélération des actions énergétiques, puis une phase de cinq ans dédiée à la consolidation des acquis. Les éléments publiés ne précisent pas comment cette durée de dix ans s’articule avec l’objectif d’accès universel en 2030, ni les dates exactes de chaque phase.
Le solaire peut élargir les options
Le Burkina Faso dispose d’un potentiel solaire important. Une analyse de la Banque mondiale publiée en 2025 évaluait à plus de 95 GW le potentiel solaire inexploité, soit une capacité théorique très supérieure à la puissance électrique installée, donnée à 738,5 MW dans cette analyse. Ce potentiel ne constitue pas une capacité immédiatement disponible : il suppose des projets préparés, financés, raccordés et exploités dans des conditions adaptées.
Le développement de centrales photovoltaïques peut être associé au stockage par batteries et au renforcement des réseaux. Ces solutions peuvent diversifier les sources de production et réduire la dépendance à des approvisionnements plus coûteux. Leur contribution dépend toutefois des choix de conception, de la disponibilité du stockage, de l’équilibre du système et des investissements dans le transport et la distribution.
Les quatre composantes de Faso Wa-Fulu traduisent une volonté d’agir sur plusieurs niveaux. Les brigades d’électrification pourraient appuyer la réalisation locale des raccordements et des installations, tandis que l’inclusion communautaire doit rapprocher les décisions des besoins des territoires. Les volets « accès énergétique » et « souveraineté énergétique » visent à lier l’extension du service à la capacité du pays à mieux maîtriser son approvisionnement. Les modalités opérationnelles de ces axes restent à préciser.
La mise en œuvre déterminera l’impact
Pour transformer cette ambition en nouveaux raccordements, le programme devra établir des priorités géographiques et publier des objectifs mesurables : localités desservies, capacité ajoutée, connexions réalisées et continuité de l’alimentation. Il faudra également préciser les responsabilités entre l’État, les opérateurs du réseau, les collectivités, les partenaires financiers et les entreprises chargées des travaux.
Le financement constitue une étape décisive. Une enveloppe annoncée de 4,8 milliards de dollars indique l’échelle envisagée, mais elle ne renseigne pas à elle seule sur les ressources disponibles. La planification des décaissements, la mobilisation de capitaux publics et privés et le suivi des coûts permettront de juger si le programme peut maintenir son rythme sur la durée.
Le Fonds monétaire international a souligné que l’extension de l’accès à l’électricité et le recours à des sources plus propres peuvent présenter un intérêt économique, tout en nécessitant des investissements importants dans la production et les réseaux. Cette perspective rejoint l’enjeu central du plan : l’électrification ne repose pas uniquement sur la construction de centrales. Elle suppose aussi de transporter l’énergie, de raccorder les usagers et de maintenir un service suffisamment fiable.
Faso Wa-Fulu fixe ainsi un cap ambitieux dans un pays où l’accès à l’électricité demeure limité. Le potentiel solaire et l’organisation en quatre axes offrent des leviers pour accélérer les progrès. La portée réelle du programme se mesurera cependant aux financements sécurisés, au calendrier d’exécution et au nombre de ménages, de services publics et d’entreprises effectivement raccordés d’ici à 2030.
