Tanzanie : North Mara obtient quinze années supplémentaires d’exploitation

Le gouvernement tanzanien a renouvelé pour quinze ans les licences minières spéciales de la mine d’or North Mara, exploitée par Barrick dans le nord du pays. Cette décision donne au site une visibilité réglementaire à long terme et ouvre la voie à de nouveaux investissements. Elle prolonge également un modèle de partenariat entre l’État et l’entreprise, dont les retombées économiques, l’emploi local et les obligations environnementales seront scrutés au cours de cette nouvelle période.

La mine est opérée par Twiga Minerals, la coentreprise créée en 2019 par Barrick et le gouvernement tanzanien. L’État détient une participation de 16 % dans North Mara et Bulyanhulu ; les partenaires se partagent à parts égales les bénéfices économiques des deux opérations selon le dispositif annoncé lors de la mise en place du partenariat. Le renouvellement de North Mara confirme la continuité de ce cadre, sans préjuger des investissements qui seront effectivement réalisés ni de leur calendrier.

Une visibilité nouvelle pour les investissements

Une licence de quinze ans donne aux opérateurs un horizon plus long pour planifier l’exploration, les travaux souterrains, le renouvellement des équipements et la gestion des infrastructures. Dans une mine d’or, ces décisions déterminent la durée de vie des réserves, le profil de production et les besoins en capital. La sécurité juridique peut faciliter les engagements financiers, à condition que les règles soient appliquées de manière prévisible et que les conditions économiques restent viables.

Pour la Tanzanie, l’enjeu est de transformer cette durée supplémentaire en valeur durable. Une période d’exploitation prolongée peut soutenir les recettes fiscales, les redevances, les dividendes de l’État et l’activité des fournisseurs nationaux. Mais l’impact réel dépendra des volumes produits, du prix de l’or, des dépenses d’investissement et du respect des obligations liées à l’emploi, aux achats locaux et à la protection de l’environnement.

Le partenariat entre Barrick et l’État, constitué après plusieurs années de tensions autour du secteur minier, a été conçu pour améliorer la relation entre l’investisseur et les autorités. Twiga dispose d’un conseil partagé et les comités de développement communautaire interviennent dans la sélection de certains projets locaux. La gouvernance de ce modèle et la publication régulière de données permettront de mesurer si les bénéfices annoncés sont répartis conformément aux engagements.

Emplois et achats locaux au cœur de la nouvelle phase

Barrick indique qu’environ 96 % de ses quelque 3 000 salariés en Tanzanie sont des ressortissants du pays, dont 47 % issus des communautés proches des mines. Le groupe affirme également que plus de 90 % de ses achats sont effectués auprès d’entreprises enregistrées en Tanzanie. Ces chiffres, communiqués par l’entreprise, traduisent un niveau de participation locale, mais ils ne renseignent pas à eux seuls sur la qualité des emplois, le transfert de compétences ou la part de valeur conservée par les fournisseurs nationaux.

La prolongation de North Mara pourrait soutenir des postes spécialisés et la demande de services de maintenance, de transport, d’ingénierie et de sécurité. Pour maximiser les retombées, les entreprises locales doivent pouvoir accéder aux marchés, répondre aux exigences techniques et obtenir des financements adaptés. Les programmes de formation et l’évolution des fonctions vers des postes qualifiés seront des indicateurs plus durables que le seul décompte des emplois.

Le rôle des communautés est également déterminant. Les mécanismes de concertation peuvent contribuer à prioriser les besoins en écoles, en centres de santé et en routes, mais leur efficacité dépend de la transparence des budgets et du suivi des réalisations. La mine doit aussi rendre compte de ses impacts sur l’eau, les terres, la biodiversité et la sécurité des populations riveraines.

Une opération qui reste exposée aux risques miniers

Le renouvellement de la licence ne supprime pas les risques liés à la géologie, aux coûts et au marché de l’or. Les teneurs du minerai peuvent varier, les opérations souterraines nécessiter des travaux supplémentaires et les coûts de l’énergie ou des équipements évoluer. Les investissements annoncés devront donc être appréciés à l’aune de plans miniers actualisés, de budgets détaillés et d’objectifs de production vérifiables.

Les exigences réglementaires continueront d’évoluer pendant les quinze prochaines années. La mine devra respecter les règles fiscales et environnementales en vigueur, ainsi que les conditions attachées à ses licences. Pour le pays, la prévisibilité de la réglementation et la capacité de contrôle sont complémentaires : l’une rassure les investisseurs, l’autre protège l’intérêt public et garantit l’application des obligations.

Cette durée supplémentaire donne aussi à la Tanzanie le temps de préparer l’après-mine. La planification de la fermeture, la remise en état des terrains et le financement des obligations environnementales doivent être intégrés aux décisions présentes. Un permis renouvelé ne vaut pas engagement de production continue à n’importe quel coût ; les autorités et l’opérateur devront régulièrement évaluer la sécurité, la viabilité et la contribution du site.

Le prochain test : traduire le renouvellement en bénéfices mesurables

La décision de renouveler North Mara pour quinze ans consolide la place de la Tanzanie dans la production aurifère régionale et offre à Barrick un horizon d’exploitation élargi. Elle confirme la poursuite du partenariat public-privé mis en place avec Twiga Minerals. La valeur de cette annonce se mesurera toutefois au fil du temps : investissements exécutés, production, recettes publiques, emploi qualifié, achats auprès des entreprises tanzaniennes et résultats environnementaux.

Pour les communautés autour du site, la prolongation n’aura un effet positif que si les retombées s’accompagnent d’une gestion rigoureuse des impacts et d’un dialogue accessible. Pour l’État, il s’agira de suivre les engagements sans affaiblir la visibilité réglementaire accordée aux investisseurs. Les quinze prochaines années offriront ainsi une période de test à un modèle qui entend combiner exploitation minière, participation publique et développement local.

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