La mine de Bisie, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu, est au cœur d’un montage actionnarial à plusieurs niveaux. L’exploitation est assurée par Alphamin Bisie Mining SA, société de droit congolais détenue à 84,14 % par Alphamin Resources. Le solde comprend une participation non diluable de 5 % de l’État congolais et une part de 10,86 % de l’Industrial Development Corporation (IDC), institution publique sud-africaine.
Au niveau de la société mère, l’investisseur émirati International Resources Holding (IRH) a pris le contrôle d’Alphamin en juillet 2025, après l’acquisition d’environ 56 % des actions auprès de Tremont Master Holdings. IRH est une filiale de 2PointZero Group, coté à Abou Dhabi. Les données de marché citées fin octobre 2026 attribuent au groupe 2PointZero une participation ramenée à environ 51 %, après dilution. Cette structure relie donc une mine congolaise, une société minière cotée en bourse et un investisseur du Golfe, avec des participations publiques de la RDC et de l’Afrique du Sud au niveau de l’exploitant.
Une chaîne de détention à distinguer de la propriété directe
La participation d’IRH s’exerce au travers d’Alphamin Resources et de sa filiale Alpha Mining. Elle ne signifie pas qu’IRH détient directement la mine ou l’ensemble de l’entreprise exploitante. La détention de 84,14 % de la société locale revient à Alphamin; les intérêts congolais et sud-africains sont inscrits directement dans Alphamin Bisie Mining SA.
Cette distinction est importante pour comprendre où se prennent les décisions et où se répartissent les retombées. La société mère définit notamment sa stratégie d’investissement, son programme d’exploration et ses objectifs de production. Les participations détenues au niveau local donnent, elles, à l’État congolais et à l’IDC sud-africaine des droits économiques dans la société exploitante, notamment sur la gouvernance et la distribution de dividendes, selon les règles applicables.
La production se maintient, l’expansion reste à suivre
Alphamin a annoncé 5 030 tonnes d’étain produites à Bisie au troisième trimestre 2026, un volume comparable au trimestre précédent. Les ventes ont atteint 5 046 tonnes. L’entreprise a maintenu une prévision annuelle de 20 000 tonnes, après une année où la production avait été affectée par l’insécurité dans l’est de la RDC. La mine avait suspendu temporairement ses opérations en mars 2025 lors de la progression des combats dans la région, avant de reprendre en avril après l’évaluation de la sécurité du personnel et de l’intégrité du site.
La stabilité trimestrielle est un signal opérationnel favorable, mais la réalisation de la cible annuelle dépendra de la continuité de l’activité, du transport des concentrés et des conditions de sécurité autour du site. Dans une région où les infrastructures et les risques sécuritaires pèsent sur les opérations, la capacité à maintenir les équipes, les intrants et les itinéraires logistiques reste aussi importante que la qualité du gisement.
Alphamin poursuit en parallèle l’exploration de Mpama South, dans l’objectif d’étendre les ressources. Le groupe a signalé un résultat de forage de 19,29 mètres à 5,76 % d’étain, présenté comme la plus large et la plus riche intersection de son programme d’expansion des ressources à ce jour. Une intersection de forage ne constitue toutefois pas une réserve exploitable; elle doit être interprétée dans l’ensemble du modèle géologique et des études techniques.
Un métal stratégique, une gouvernance suivie de près
L’étain est utilisé notamment dans les soudures électroniques, les circuits imprimés et plusieurs équipements électriques. Sa place dans l’électronique et les chaînes de fabrication liées à l’électrification contribue à l’intérêt stratégique de Bisie. La mine est l’un des grands actifs mondiaux de production d’étain et constitue une source de revenus pour ses investisseurs ainsi que pour les entités publiques associées à l’exploitation.
Pour la RDC, le défi consiste à transformer cette présence au capital en retombées mesurables : recettes publiques, emplois, achats locaux, transfert de compétences et investissements dans les territoires concernés. La participation de 5 % de l’État dans la société exploitante fournit une voie de partage économique, mais ses effets dépendront des résultats financiers, des règles de distribution et de la transparence des flux.
La structure de propriété montre également comment les capitaux internationaux s’insèrent dans les minerais stratégiques africains. L’IRH et 2PointZero disposent d’une position de contrôle au niveau d’Alphamin, tandis que l’IDC sud-africaine et l’État congolais restent présents directement dans la société minière locale. À court terme, les indicateurs à surveiller sont la production annuelle, les résultats d’exploration, les investissements nécessaires à l’expansion et la capacité à opérer sans interruption dans un contexte sécuritaire fragile.
