Le projet de terres rares Bonya, dans l’est de la Namibie, entre dans une phase où les données d’exploration devront commencer à répondre à une question essentielle : le gisement peut-il devenir une exploitation économiquement viable ? Kendrick Resources vise une première estimation des ressources minérales de Teufelskuppe d’ici la fin janvier 2027, puis des travaux d’évaluation économique à la mi-année.
Ces échéances ne signifient pas qu’une décision de construire une mine est imminente. Elles correspondent à des étapes d’étude qui doivent permettre de mieux définir le volume et la qualité du minerai, les procédés de traitement envisageables et les investissements nécessaires. Le projet reste en amont du développement minier.
Un programme de forage pour préciser le gisement
Teufelskuppe est présenté comme le principal des deux sites du projet Bonya. Kendrick Resources a achevé sur cette zone une campagne de forage de six mois, composée de 100 sondages totalisant 7 512 mètres. Les travaux visaient notamment à mieux comprendre la continuité des formations minéralisées en profondeur.
La première estimation des ressources doit être préparée selon le référentiel australien JORC par le cabinet indépendant Sound Mining. Une estimation conforme à cette norme classe les résultats selon leur niveau de confiance géologique et les données disponibles. Elle ne doit pas être confondue avec des réserves exploitables : pour qu’une ressource devienne une réserve, il faut notamment démontrer que son extraction peut être techniquement et économiquement justifiée.
Le second site, Kieshöhe, fait également l’objet de forages. Il pourrait compléter la base de ressources du projet, mais son apport dépendra des résultats d’exploration et des évaluations à venir. À ce stade, il serait prématuré d’additionner des volumes qui n’ont pas encore été officiellement établis.
La récupération du minerai, un enjeu aussi important que le tonnage
La quantité de terres rares présente dans la roche ne suffit pas à mesurer l’intérêt industriel d’un gisement. Il faut aussi déterminer quels éléments y sont contenus, à quelles teneurs, comment ils sont associés aux minéraux et quelle proportion peut être récupérée à un coût acceptable.
Kendrick a confié trois échantillons au laboratoire allemand Anzaplan pour des essais métallurgiques. Un premier rapport est attendu d’ici la fin de 2026. Ces tests doivent aider à identifier les procédés de séparation et de traitement envisageables. Les résultats auront une incidence sur le schéma d’usine, la consommation d’énergie et d’eau, la gestion des résidus, les coûts d’exploitation et la qualité du produit susceptible d’être vendu.
La préfaisabilité et l’évaluation économique préliminaire prévues vers la mi-2027 doivent ensuite assembler ces éléments. Elles examineront les choix techniques, les besoins d’investissement et les premières conditions de rentabilité. Les conclusions dépendront des hypothèses retenues sur les volumes, la récupération, les coûts, les prix et les débouchés. Elles ne remplaceront pas les études détaillées et les autorisations nécessaires à une décision finale.
Une participation de 70 % encore liée au développement du projet
Kendrick Resources a engagé son entrée dans Bonya en janvier 2026 par une option exclusive portant sur deux permis. Le mois suivant, la société a exercé cette option et conclu un accord lui permettant d’acquérir une participation de 70 %, en contrepartie notamment du financement des travaux jusqu’à une étude préliminaire de faisabilité économique.
La structure prévue est celle d’une société de projet qui porterait le développement ultérieur et mobiliserait les capitaux nécessaires. Ce montage peut répartir les responsabilités et ouvrir la porte à des partenaires financiers ou industriels, mais il ne préjuge ni de l’identité de ces partenaires ni de la disponibilité des financements. Les modalités finales dépendront des résultats techniques et de la valeur économique démontrée par les études.
La Namibie attire depuis plusieurs années l’attention des investisseurs miniers en raison de ses ressources et de son expérience dans l’uranium, les métaux et les minéraux industriels. Pour les terres rares, l’intérêt stratégique est renforcé par leur rôle dans des chaînes de valeur allant des aimants permanents à certains équipements de défense, d’énergie et d’électronique. Mais la présence d’un projet sur le continent ne garantit pas à elle seule la création d’une filière locale de séparation et de transformation.
Les conditions à réunir avant une mine
Après la ressource et les essais métallurgiques, Bonya devra encore établir sa viabilité dans des études plus détaillées, préciser son plan de financement, obtenir les autorisations et organiser l’accès aux infrastructures. Les besoins en eau et en électricité, la logistique, la gestion environnementale et les relations avec les communautés locales feront partie des paramètres à évaluer.
Le marché des terres rares présente également une exigence particulière : un projet minier doit pouvoir vendre un produit conforme aux spécifications des clients, souvent après plusieurs étapes de traitement et de séparation. L’existence de ressources géologiques ne garantit donc ni la signature d’accords d’achat ni la stabilité des prix à long terme. L’accès à des compétences de traitement et à des partenaires industriels sera aussi déterminant que la qualité du gisement.
L’année 2027 constituera ainsi un test de maturité pour Bonya. La première estimation des ressources donnera une base plus solide au débat sur son potentiel ; les tests métallurgiques préciseront ce qui peut être récupéré ; les études économiques indiqueront si le scénario de mine mérite d’être poursuivi. La valeur du projet se jouera moins dans l’annonce d’un calendrier que dans la capacité à franchir chacune de ces étapes avec des résultats vérifiables.