Minerais critiques : Orion CMC poursuit ses négociations sur des actifs en RDC et en Tanzanie

Un an après sa création, Orion Critical Minerals (Orion CMC) multiplie les démarches pour prendre position dans des actifs miniers africains. Le fonds soutenu par les États-Unis est associé à deux dossiers majeurs : une participation envisagée dans des mines de cuivre et de cobalt en République démocratique du Congo (RDC), et un investissement potentiel dans le projet de nickel-cobalt Kabanga, en Tanzanie.

Cette stratégie s’inscrit dans la compétition internationale autour des minerais critiques. Washington et ses alliés cherchent à diversifier leurs approvisionnements, tandis que les pays producteurs veulent attirer des capitaux et conserver davantage de valeur sur place. Pour l’heure, plusieurs accords évoqués par Orion CMC demeurent au stade de négociations ou de protocoles d’accord.

Des négociations sur Kabanga

En Tanzanie, Orion CMC et Lifezone Metals ont confirmé la poursuite de discussions qualifiées d’avancées autour d’un investissement dans Kabanga. Le montant de 500 millions de dollars avait été évoqué précédemment, mais aucune valeur définitive n’a été communiquée. Lifezone entend accueillir un investisseur stratégique pour financer le développement et préparer la construction de la mine.

Kabanga est évalué à environ 942 millions de dollars et pourrait produire au total 902 000 tonnes de nickel sur une durée de vie estimée à 18 ans, avec du cuivre et du cobalt comme sous-produits. Ces paramètres correspondent aux estimations du projet et restent conditionnés à son financement, aux travaux de développement et à la décision finale d’investissement. Lifezone a indiqué viser cette décision au premier trimestre 2027.

Le projet pourrait contribuer à l’approvisionnement en métaux utilisés dans les batteries et l’acier inoxydable. Son développement dépendra aussi de l’énergie, des infrastructures et des dispositifs de transformation. La valeur économique pour la Tanzanie ne se résumera pas aux volumes produits : les emplois qualifiés, les achats locaux, les recettes fiscales et les capacités industrielles seront des indicateurs importants.

Un accord envisagé dans les mines congolaises

En RDC, Orion CMC a signé en février un protocole d’accord avec Glencore portant sur une participation de 40 % dans les intérêts du groupe suisse au sein des mines de Mutanda et de Kamoto, productrices de cuivre et de cobalt. La transaction était alors estimée à environ 9 milliards de dollars. Glencore n’avait pas confirmé sa finalisation au moment des dernières informations disponibles.

Une participation de cette ampleur donnerait au fonds une exposition directe à une part de la production, selon les modalités définitives de l’accord. Elle pourrait également renforcer l’influence des investisseurs américains dans la gouvernance d’actifs stratégiques. Mais le protocole ne vaut pas clôture : les approbations, la documentation finale et les conditions financières doivent encore être confirmées.

Orion CMC a aussi été cité parmi les investisseurs susceptibles de soutenir Virtus Minerals, devenu opérateur de mines de cuivre et de cobalt en RDC. Cette possibilité illustre l’étendue des contacts du fonds, mais aucune décision d’investissement définitive ne doit être présumée sans annonce formelle.

Le financement comme outil de sécurisation des approvisionnements

Orion CMC a été lancé en octobre 2025 par Orion Resource Partners avec l’objectif de financer des projets liés aux minerais critiques et de soutenir des chaînes d’approvisionnement destinées aux États-Unis et à leurs alliés. Le fonds peut mobiliser capitaux, expertise et partenariats pour faire avancer des projets qui peinent à obtenir des financements classiques.

Cette approche s’inscrit dans une évolution plus large : le financement public et privé devient un instrument de politique industrielle. Prêts, prises de participation, accords d’achat et coopération technique peuvent contribuer à réduire les risques pour les investisseurs, mais aussi orienter la destination des matières premières. Les États africains devront négocier les conditions d’accès aux ressources, les obligations de transformation et les retombées locales.

Pour juger de la stratégie d’Orion CMC, les annonces devront se convertir en accords fermes puis en investissements effectivement décaissés. L’issue des négociations de Kabanga, la finalisation du dossier Glencore et la publication des conditions de gouvernance seront des jalons déterminants. À ce stade, l’Afrique figure dans les plans du fonds ; la matérialisation des projets reste à démontrer.

Les États africains, négociateurs d’une chaîne de valeur

Les opérations envisagées par Orion CMC illustrent l’intérêt croissant de partenaires étrangers pour des actifs producteurs et des projets encore en développement. Pour les États hôtes, l’arrivée de capitaux peut accélérer les travaux et ouvrir des débouchés, mais le résultat dépend des conditions contractuelles. Les accords doivent préciser les engagements de financement, les calendriers, les droits d’achat de la production, les obligations fiscales et les règles de gouvernance.

Dans le dossier congolais, une prise de participation dans des mines existantes n’a pas les mêmes implications qu’un investissement dans Kabanga, qui doit encore être construit. Le premier cas porte sur l’accès à une production en place, tandis que le second comporte un risque de développement plus élevé et des besoins de capitaux importants. Ces formats doivent être évalués séparément, notamment pour mesurer les retombées industrielles et les risques assumés par chaque partie.

La stratégie américaine peut contribuer à diversifier les sources d’approvisionnement, mais elle ne garantit pas que les minerais seront transformés en Afrique. Les gouvernements peuvent négocier des infrastructures partagées, des installations de traitement, des programmes de formation et des contrats avec des fournisseurs locaux. La mise en œuvre dépendra aussi de l’électricité, du transport et de la stabilité des règles.

Le suivi public des accords sera déterminant. La publication des montants réellement décaissés, des participations acquises et des volumes couverts par les contrats d’achat permettrait de distinguer les annonces des résultats. Pour Orion CMC, la prochaine année sera jugée sur la clôture des opérations et les décisions de financement, pas seulement sur le nombre de discussions ouvertes.

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