Eni a enregistré un bénéfice net de 3,49 milliards d’euros au troisième trimestre 2026, contre 865 millions un an plus tôt. Ce résultat, multiplié par quatre, s’accompagne d’une hausse du bénéfice net ajusté à 2,8 milliards d’euros, soit plus du double sur un an. Le groupe italien relève aussi ses perspectives de trésorerie et annonce une rémunération supplémentaire de ses actionnaires.
Le 23 octobre, le conseil d’administration a approuvé les résultats des neuf premiers mois de l’année. La progression trimestrielle intervient dans un contexte de prix des hydrocarbures plus favorable, de croissance de certaines productions et d’amélioration des performances de plusieurs activités. Elle ne doit toutefois pas être confondue avec une progression équivalente des activités sous-jacentes : les résultats nets intègrent aussi des éléments exceptionnels, tandis que le bénéfice ajusté fournit une mesure distincte de la performance opérationnelle et financière récurrente.
Une hausse soutenue par la production et les prix
Au troisième trimestre, le bénéfice net ajusté attribuable aux actionnaires d’Eni s’est établi à 2,8 milliards d’euros, contre 1,25 milliard un an auparavant. Le résultat ajusté dépasse les attentes moyennes des analystes compilées par FactSet, autour de 2,5 milliards d’euros. Sur les neuf premiers mois de 2026, il atteint 6,4 milliards d’euros, en hausse d’environ 70 % sur un an.
La production d’hydrocarbures sous-jacente a progressé de 7 % sur un an, à 1,83 million de barils équivalent pétrole par jour, selon Eni. Le groupe attribue cette évolution à la montée en régime de nouveaux projets en Afrique de l’Ouest, au Mexique et en Norvège, ainsi qu’à la contribution sur un trimestre complet de sa coentreprise Searah en Asie du Sud-Est. La performance reflète donc à la fois des volumes supplémentaires, la composition du portefeuille et un environnement de marché plus favorable.
Le directeur général Claudio Descalzi a mis en avant « la solidité du modèle opérationnel » et des investissements ciblés dans des actifs jugés compétitifs. Il a également indiqué que les nouveaux projets et les découvertes d’hydrocarbures devraient soutenir la croissance et la génération de trésorerie dans les prochaines années. Ces éléments décrivent la lecture du groupe; leur traduction dépendra de la mise en production des projets, des coûts et des conditions de marché.
Dividende exceptionnel et rachats d’actions renforcés
Eni a relevé sa prévision de flux de trésorerie opérationnels ajustés pour l’ensemble de 2026 à 16,5 milliards d’euros, contre 15 milliards auparavant. Le groupe prévoit désormais une croissance annuelle de sa production sous-jacente de 6 à 7 %. Il estime également que son ratio d’endettement pro forma est tombé à 9 % à la fin du trimestre, un niveau que la direction présente comme historiquement faible.
Sur cette base, le conseil a décidé de verser un dividende extraordinaire de 0,46 euro par action en décembre, pour un montant total d’environ 1,3 milliard d’euros. Le programme de rachat d’actions 2026 est parallèlement porté à 3,8 milliards d’euros, contre 3,4 milliards auparavant. Le dividende ordinaire annuel prévu reste de 1,10 euro par action, en hausse de 5 % sur 2025.
Ces annonces renforcent la rémunération des actionnaires, mais elles traduisent aussi une priorité de l’entreprise en matière d’allocation du capital. Eni affirme vouloir redistribuer une partie de l’amélioration des flux de trésorerie, tout en conservant la capacité d’investir dans les activités jugées stratégiques. Le groupe a notamment dégagé 4,29 milliards d’euros de trésorerie opérationnelle ajustée avant variation du besoin en fonds de roulement au troisième trimestre, pour 1,3 milliard d’euros d’investissements organiques.
La transition contribue à la diversification des résultats
Au-delà de l’exploration-production, les activités de transition ont également progressé. Eni rapporte une hausse de 82 % de leur résultat opérationnel ajusté pro forma au troisième trimestre, à environ 601 millions d’euros. Enilive, spécialisée dans les biocarburants et la mobilité, a bénéficié d’une amélioration de ses marges de bioraffinage. Plenitude, qui regroupe les activités renouvelables et de vente d’énergie, a profité de la croissance des volumes.
La transition ne compense pas encore à elle seule le poids du pétrole et du gaz dans les résultats, mais elle prend une place croissante dans la stratégie financière du groupe. Eni a également finalisé une augmentation de capital de Plenitude qui a dilué sa participation de 70 à 65 % et entraîné sa déconsolidation du bilan à la fin septembre. La direction présente cette opération comme un moyen de financer la croissance de cette activité sur une base plus autonome.
Un trimestre favorable qui ne supprime pas les risques
Les résultats restent sensibles au prix du pétrole et du gaz, aux marges de raffinage, aux coûts de transport et à la bonne exécution des investissements. Eni a notamment signalé une détérioration de l’activité pétrochimique, qui a enregistré une perte opérationnelle ajustée de 180 millions d’euros. Les résultats consolidés masquent donc des évolutions différentes selon les métiers.
Pour l’Afrique, la progression de la production en Afrique de l’Ouest et la vente d’une participation de 10 % dans le champ Baleine, en Côte d’Ivoire, illustrent la stratégie de portefeuille du groupe. Cette opération, réalisée avec Socar, a permis de monétiser une partie d’un actif tout en conservant une participation. L’enjeu sera de maintenir la production des projets africains et de convertir les annonces d’investissement en recettes, emplois et capacités locales.
Le troisième trimestre donne à Eni une marge de manœuvre financière accrue et lui permet d’augmenter les retours aux actionnaires. La solidité de cette trajectoire dépendra désormais de la durée du contexte de marché favorable, de la capacité à maîtriser les coûts et de l’équilibre entre la croissance des hydrocarbures et le développement des activités de transition.