Chine : Pékin veut éviter une surcapacité dans l’hydrogène vert

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La Chine prépare de nouvelles mesures pour éviter une surcapacité dans l’hydrogène, alors que les investissements augmentent et que Pékin poursuit un objectif ambitieux de production d’hydrogène vert. La Commission nationale du développement et de la réforme a indiqué le 20 octobre qu’elle travaillait à une allocation plus rationnelle des grands projets. Le message est adressé aux autorités locales comme aux entreprises : accélérer la filière ne doit pas conduire à multiplier des installations sans débouchés clairement établis.

Le signal intervient quelques jours après l’annonce de programmes pilotes de quatre ans dans cinq groupes de villes et de régions. Ces dispositifs couvrent les équipements, les applications industrielles, les véhicules à pile à combustible et les stations. Les deux initiatives vont dans le même sens : faire croître la filière, mais l’ancrer dans des usages et des projets évaluables.

Un objectif de production élevé

La Chine vise deux millions de tonnes d’hydrogène vert par an d’ici la fin de la décennie, soit environ huit fois le niveau actuel selon les autorités. Le pays est déjà le premier producteur et consommateur d’hydrogène au monde, avec une production totale supérieure à 39 millions de tonnes en 2025. Cette dernière donnée couvre la production globale et ne doit pas être confondue avec l’hydrogène vert issu d’électricité renouvelable.

L’ambition chinoise s’appuie sur une base industrielle importante et sur le développement rapide des capacités solaires et éoliennes. L’hydrogène peut absorber une partie de l’électricité renouvelable lorsque la production dépasse les capacités de consommation ou de transport. Il peut aussi fournir une matière première aux industries lourdes et permettre de décarboner certains procédés difficiles à électrifier directement.

Mais la conversion de l’électricité en hydrogène, puis son stockage et son utilisation, entraîne des pertes énergétiques. Pour être compétitifs, les projets doivent donc disposer d’électricité renouvelable à bas coût, d’équipements bien utilisés et de clients capables de payer pour l’hydrogène produit. L’ajout de capacités de production sans contrats d’approvisionnement ni infrastructures de transport risque de produire des actifs sous-utilisés.

Pékin veut prévenir les déséquilibres observés ailleurs

Les responsables chinois rappellent que d’autres filières, notamment le solaire, ont connu des phases d’expansion rapide suivies d’une concurrence intense, d’une pression sur les prix et de marges réduites. Dans le secteur des batteries, les autorités ont également mis en garde contre la croissance excessive des capacités et les guerres de prix. Ces expériences ne préjugent pas de l’avenir de l’hydrogène, mais expliquent la volonté de mieux séquencer les investissements.

Ren Zhongbao, responsable adjoint d’un département technologique de la NDRC, a résumé la priorité comme une allocation plus rationnelle des projets majeurs et une analyse approfondie des initiatives proposées. Reformulée, cette mise en garde invite les collectivités à examiner les besoins réels avant de mobiliser aides, terrains et infrastructures.

Les cinq groupes pilotes annoncés récemment visent à concentrer les projets et à mesurer leurs effets. Les autorités doivent évaluer les retombées économiques, sociales et environnementales, puis utiliser ces résultats pour allouer les fonds centraux. Ce modèle peut limiter les duplications si les provinces coordonnent la planification et si les aides soutiennent des usages productifs plutôt que la seule installation de capacité.

Relier les projets à des clients et aux réseaux

La question centrale est celle de la demande. Les principaux débouchés potentiels incluent la chimie, la production d’ammoniac, le raffinage, la sidérurgie et certaines flottes de véhicules lourds. Pour ces marchés, l’hydrogène doit répondre à des critères de coût, de qualité, de sécurité et de continuité d’approvisionnement. Les usagers ont besoin de contrats suffisamment stables pour adapter leurs procédés industriels.

Les projets doivent aussi s’appuyer sur des infrastructures adaptées : réseaux électriques capables de fournir une énergie renouvelable supplémentaire, équipements de stockage, conduites ou solutions de transport, sites de ravitaillement et normes de sécurité. La distance entre les lieux de production d’électricité verte et les centres industriels peut modifier les coûts et réduire l’intérêt économique des installations.

La planification doit intégrer les risques de demande en même temps que les coûts de l’offre. Un électrolyseur dimensionné pour une consommation qui ne se matérialise pas peut devenir un actif coûteux. À l’inverse, un usage industriel qui s’engage sur un approvisionnement de long terme peut contribuer à sécuriser le financement d’une unité de production.

Le rendement climatique dépendra de l’origine de l’électricité

La hausse de la production d’hydrogène ne garantit pas automatiquement une baisse des émissions. L’hydrogène vert doit être produit avec une électricité renouvelable, et les étapes de compression, de transport et de conversion doivent être prises en compte. Si la demande d’électricité des électrolyseurs entraîne une hausse de production thermique, le bénéfice climatique peut être réduit.

Les autorités chinoises indiquent qu’elles évalueront aussi les bénéfices environnementaux des pilotes. Pour les décideurs, cette mesure doit dépasser le volume de tonnes produit et suivre l’électricité mobilisée, les émissions évitées dans les usages remplacés et la performance des installations. L’objectif est de faire de l’hydrogène un outil de décarbonation ciblé plutôt qu’une fin en soi.

Le nouveau discours de Pékin traduit un ajustement de la politique industrielle : soutenir une filière stratégique tout en renforçant la discipline de projet. Le succès dépendra de la capacité à faire correspondre production, infrastructures et clients. Les prochaines décisions sur l’allocation des grands projets et les résultats des cinq groupes pilotes diront si la Chine peut convertir ses objectifs d’hydrogène en une chaîne industrielle efficace, sans créer une nouvelle vague de capacités excédentaires.

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