Canada : les émissions pétrolières reculent à peine malgré une production record

Le secteur canadien du pétrole et du gaz a émis légèrement moins de gaz à effet de serre en 2025, alors même que la production de pétrole brut atteignait un niveau record. L’écart reste faible : l’estimation préliminaire de l’Institut canadien du climat évalue le recul des émissions du secteur à environ 0,2 % par rapport à 2024, tandis que Statistique Canada fait état d’une hausse de 4 % de la production de pétrole brut. Cette évolution signale des gains d’efficacité, mais elle ne suffit pas à faire baisser durablement l’empreinte climatique d’une industrie en expansion.

Le résultat doit être lu avec prudence. Il s’agit d’une estimation préliminaire des émissions, et non du bilan national définitif qui sera publié ultérieurement. D’autres analyses aboutissent à une conclusion légèrement différente : l’Institut d’action climatique de RBC estime que les émissions du secteur ont augmenté d’environ 1 % en 2025, notamment avec la mise en service de la première phase de LNG Canada. Les deux travaux reposent sur des méthodes et des périmètres distincts. Leur divergence rappelle qu’un chiffre annuel ne suffit pas à résumer la trajectoire d’un secteur aussi vaste.

Une production en hausse, une intensité qui s’améliore

La production canadienne d’hydrocarbures augmente depuis plusieurs années, portée notamment par les sables bitumineux de l’Alberta, l’amélioration des infrastructures de transport et l’accès à de nouveaux débouchés. En 2025, les volumes de pétrole brut ont franchi un nouveau sommet, selon les données de Statistique Canada. Dans le même temps, les exploitants ont réduit certaines émissions liées à l’extraction et au traitement, en particulier celles du méthane évacué dans l’atmosphère.

Il faut distinguer deux indicateurs. L’intensité carbone mesure les émissions par unité produite : elle peut diminuer lorsque les procédés deviennent plus efficaces, même si le volume total d’émissions reste stable ou progresse. Les émissions absolues, elles, rendent compte de la quantité totale de gaz à effet de serre rejetée. Pour le climat, la réduction de cette quantité reste déterminante.

Cette distinction explique comment un secteur peut produire davantage sans accroître ses émissions dans les mêmes proportions. La baisse des fuites, la récupération du gaz associé, la réduction du torchage, l’électrification de certains équipements et l’optimisation énergétique contribuent à améliorer le bilan par baril. Mais ces gains peuvent être absorbés par la croissance de l’activité, l’ouverture de nouveaux projets et la mise en service d’infrastructures énergivores.

Le méthane, levier de progrès et point de vigilance

Les premières estimations canadiennes attribuent une partie de la performance récente à la diminution des émissions de méthane. Ce gaz, qui s’échappe notamment lors de la production, du transport et du stockage des hydrocarbures, retient fortement la chaleur à court terme. La détection des fuites et la récupération du gaz évacué peuvent donc produire des bénéfices climatiques rapides, en plus de limiter les pertes de ressources.

L’analyse de RBC estime que les émissions liées au gaz évacué ont reculé d’environ 21 % sur deux ans dans les principales régions productrices étudiées. Ce progrès ne tranche toutefois pas le débat sur la trajectoire globale. RBC estime aussi que l’expansion du réseau Trans Mountain et le démarrage de LNG Canada ont relevé d’environ 1 % les émissions sectorielles en 2025. Ces projets permettent d’acheminer et d’exporter davantage d’hydrocarbures, mais entraînent également une consommation d’énergie et des rejets supplémentaires.

La qualité des données est donc centrale. Les estimations préliminaires utilisent des données disponibles avant l’inventaire officiel et peuvent être révisées. Les périmètres comptables diffèrent également : certaines évaluations portent sur les émissions opérationnelles liées à l’extraction, tandis que d’autres intègrent davantage d’activités intermédiaires. Les émissions provenant de la combustion du pétrole et du gaz par les utilisateurs finaux constituent encore un autre poste. Il convient de ne pas les confondre avec les émissions générées par la production au Canada.

Une baisse marginale face aux objectifs climatiques

À l’échelle du pays, les émissions totales ont augmenté en 2025 d’environ 1 %, pour atteindre près de 691 millions de tonnes équivalent CO₂, selon l’estimation de l’Institut canadien du climat. La hausse est surtout attribuée à une utilisation accrue du gaz naturel dans les bâtiments et la production d’électricité. Le secteur pétrolier et gazier demeure le plus important émetteur canadien et sa quasi-stagnation ne compense pas cette progression ailleurs.

Le pays vise une réduction de 40 à 45 % de ses émissions par rapport à 2005 d’ici 2030, puis la carboneutralité en 2050. La baisse sectorielle de 0,2 % estimée en 2025 reste minime au regard de ces objectifs. Elle indique qu’une amélioration technique est possible, mais pas encore que la production et les émissions suivent une trajectoire compatible avec les engagements nationaux.

Pour les décideurs, le défi consiste à maintenir des règles prévisibles qui encouragent les investissements de réduction du méthane, tout en mesurant les émissions réelles des nouveaux projets. Pour les entreprises, la crédibilité dépendra de données comparables, vérifiables et couvrant l’ensemble des installations. Pour les investisseurs et les acheteurs, une intensité plus faible ne remplace pas la transparence sur les volumes totaux, les fuites et les émissions liées aux infrastructures.

Le test sera la prochaine série de données

Le recul annoncé mérite d’être considéré comme un signal encourageant, mais encore fragile. Il sera confirmé ou infirmé par les inventaires définitifs et les mises à jour des séries de production. La comparaison entre les estimations de l’Institut canadien du climat, les calculs de RBC et les données gouvernementales devra aussi être suivie pour comprendre les écarts de méthode.

La question ne se résume donc pas à savoir si le Canada peut produire davantage avec moins d’émissions par baril. Les données de 2025 suggèrent que cette amélioration est en cours. Le véritable indicateur de transition sera la capacité à réduire les émissions absolues pendant que l’industrie adapte ses actifs, ses infrastructures et ses marchés. Tant que la production progresse et que les émissions totales du secteur ne diminuent pas nettement, le gain restera limité.

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