Le Burundi confie une part majeure de l’extension de son réseau de distribution à Weza Power, entreprise développée par Anzana Electric Group et soutenue par l’investisseur britannique Gridworks. L’accord public-privé annoncé porte sur 1,4 milliard de dollars et prévoit une exploitation sur 25 ans. L’objectif affiché est de fournir un accès nouveau ou amélioré à l’électricité à environ huit millions de personnes d’ici 2030. Pour un pays où l’électrification demeure faible, l’ambition est considérable; sa portée dépendra toutefois de la capacité à mobiliser les financements et à convertir les kilomètres de lignes annoncés en raccordements effectivement utilisés.
Le programme prévoit la construction ou la modernisation de 52 000 kilomètres de lignes ainsi que plus de 1,2 million de nouveaux branchements pour des ménages et des entreprises. Weza Power doit desservir environ la moitié du territoire. L’entreprise publique REGIDESO conservera la distribution dans l’autre moitié et la responsabilité du transport national. Cette répartition dessine un partage entre opérateur privé et société publique qui exigera une coordination étroite, notamment pour l’accès au réseau, la planification des investissements et la qualité de service.
Un objectif d’accès ambitieux
Les estimations disponibles situent le taux d’accès actuel à l’électricité au Burundi entre 20 % et 25,9 %. Le gouvernement vise 50 % à l’horizon 2030. L’annonce du partenariat constitue un moyen d’accélérer cette progression, en faisant appel à un opérateur privé pour concevoir, étendre et exploiter une partie du réseau. Le chef de l’État, Évariste Ndayishimiye, a présenté l’accord comme un levier pour renforcer les perspectives économiques, l’industrie, l’investissement et l’emploi.
Le nombre de bénéficiaires annoncé ne peut cependant être lu comme une promesse de branchement immédiat pour huit millions de personnes. L’objectif porte sur un accès nouveau ou amélioré et sur un horizon de plusieurs années. Il dépendra du rythme des travaux, de la densité des communautés desservies, de la capacité des ménages à payer le raccordement et la consommation, ainsi que de l’électricité réellement disponible en amont. L’extension des réseaux de distribution ne crée pas à elle seule de nouvelles capacités de production.
Les 52 000 kilomètres de lignes représentent un chantier technique et financier important. Il faudra planifier les corridors, acheminer équipements et matériaux, assurer la maintenance sur des zones parfois difficiles d’accès et limiter les pertes commerciales et techniques. Le nombre de raccordements sera un indicateur essentiel, mais il devra être complété par la régularité du service, le coût pour les clients et la capacité du système à alimenter les activités productives.
Gridworks étend son portefeuille régional
Le partenariat s’inscrit dans la stratégie de Gridworks, filiale de British International Investment (BII), dédiée aux infrastructures électriques africaines. Au Burundi, l’investisseur est déjà présent dans la production par l’intermédiaire d’Anzana. Sa filiale Songa Energy a mis en service en 2025 la centrale hydroélectrique d’Upper Ruvyironza, d’une puissance de 1,65 MW, et développe une seconde installation de 9 MW à Upper Mulembwe.
Dans le transport et l’interconnexion, Gridworks a bouclé en mars 2026 le financement du projet Amari, évalué à 50 millions de dollars, pour renforcer quatre postes électriques en Ouganda. L’entreprise a également signé un accord en Éthiopie portant sur le développement de deux lignes de transport, pour un investissement envisagé d’environ 400 millions de dollars. En République démocratique du Congo, elle participe à Moyi Power, projet de 340 millions de dollars qui combine production solaire et distribution dans trois villes isolées.
Plus récemment, l’entreprise a conclu des accords afin de devenir l’investisseur principal en fonds propres d’une interconnexion de 200 kilomètres entre la Zambie et la RDC. Cette expérience peut apporter au Burundi des compétences de structuration, mais chaque marché présente ses propres contraintes réglementaires, financières et opérationnelles. Les engagements régionaux ne garantissent pas automatiquement la clôture financière ni la livraison des infrastructures dans les délais.
Les conditions de viabilité du partenariat
Le montant de 1,4 milliard de dollars donne une indication de l’ampleur visée, mais les détails publics doivent permettre de comprendre la structure du financement : part de fonds propres, emprunts, garanties, mécanismes de paiement et risques assumés par l’État. Sur une période de 25 ans, la stabilité des règles et la transparence des contrats compteront autant que la disponibilité initiale des capitaux. Le partage avec REGIDESO devra aussi éviter les doublons et assurer une continuité entre transport, distribution et raccordement.
La viabilité économique dépendra également de la demande. L’électricité doit atteindre des ménages, mais aussi des commerces, des services publics et des entreprises capables de soutenir les revenus du réseau. Des tarifs abordables et des mécanismes ciblés pour les ménages à faibles revenus pourront être nécessaires. Parallèlement, l’opérateur devra limiter les pertes et recouvrer les paiements pour financer l’entretien et l’expansion future.
Le partenariat pourrait accélérer l’accès à l’électricité au Burundi et renforcer l’attractivité du pays pour l’investissement. Le succès se mesurera toutefois aux résultats vérifiables : travaux financés, lignes mises en service, branchements actifs, heures de disponibilité et coût réel du service. Les annonces fixent un cap; l’enjeu sera désormais de publier des étapes de réalisation permettant de suivre, année après année, la conversion de cet engagement en accès fiable.