Le Botswana cherche à réduire sa dépendance aux diamants en faisant émerger une nouvelle génération de projets miniers. Une mise à jour des ressources du projet Selebi, portée par la canadienne NexMetals Mining, a ravivé l’intérêt pour le cuivre et le nickel botswanais. Les estimations publiées font état d’une hausse de 72 % depuis 2024, avec 495 400 tonnes de cuivre et 316 800 tonnes de nickel contenus dans les ressources, ainsi que du cobalt dans le potentiel identifié.
Ces chiffres renforcent la visibilité d’un secteur minier encore largement associé aux diamants. Ils ne signifient toutefois pas qu’une mine de cuivre-nickel est prête à être construite : une ressource géologique doit encore être étudiée, échantillonnée, évaluée économiquement et transformée en réserves exploitables avant qu’une décision d’investissement puisse être prise. L’enjeu pour le Botswana consiste désormais à faire progresser plusieurs projets jusqu’à la production, tout en construisant des chaînes de valeur moins vulnérables aux cycles du diamant.
Une diversification devenue impérative
Le poids économique des diamants explique l’urgence de cette stratégie. Ces pierres représentent environ un quart du PIB et près de 80 % des exportations du Botswana. Lorsque la demande ou les prix faiblissent, les conséquences se transmettent aux recettes publiques, aux devises et à l’activité des entreprises. La diversification ne vise donc pas nécessairement à remplacer rapidement le diamant, mais à élargir la base productive et à réduire l’exposition du pays à une seule matière première.
Le cuivre et le nickel offrent une piste cohérente avec l’évolution de la demande mondiale. Ils sont utilisés dans les réseaux électriques, l’électrification, les infrastructures et plusieurs technologies industrielles. À Selebi, l’augmentation de ressources minérales estimées de cuivre et de nickel élargit le potentiel géologique, mais la viabilité dépendra du tonnage récupérable, de la teneur, des coûts d’extraction et de traitement ainsi que des conditions d’accès à l’eau et à l’énergie.
NexMetals développe également le projet Selkirk, où la société a annoncé en juin une hausse de 70 % du potentiel minéral défini, avec du cuivre, du nickel et du cobalt. La présence de plusieurs métaux peut diversifier les revenus éventuels d’une exploitation, mais complique aussi la conception des procédés métallurgiques. Il faudra établir la qualité des concentrés, les taux de récupération et la possibilité de vendre les différents produits sur des marchés fiables.
Plusieurs métaux, plusieurs horizons
Le potentiel du Botswana ne se limite pas aux projets de cuivre-nickel. Giyani Metals fait avancer K.Hill, un projet de manganèse pour lequel une étude de faisabilité définitive a évalué un investissement d’environ 535 millions de dollars. L’objectif est de produire des matériaux à base de manganèse destinés notamment aux précurseurs de batteries pour véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie. L’entreprise a aussi reçu une lettre d’intérêt de l’Export-Import Bank des États-Unis pour un financement envisagé de 225 millions de dollars. Cette lettre constitue un signal d’intérêt, pas encore un financement final engagé ni une décision de construction.
Dans le nord-ouest du pays, Tsodilo Resources poursuit l’exploration de Gcwihaba, où un potentiel en terres rares et d’autres minéraux critiques a été identifié. L’exploration peut ouvrir de nouvelles perspectives, mais elle se situe à un stade en amont, avec un niveau d’incertitude supérieur à celui d’un projet disposant d’une étude de faisabilité. La communication autour de ces actifs doit donc distinguer clairement découverte, ressources estimées, faisabilité et réserves exploitables.
Le Botswana produit déjà du cuivre à travers des opérations telles que Khoemacau et Motheo, mais ces volumes restent modestes au regard des producteurs africains établis. L’existence d’actifs en exploitation peut constituer un avantage : compétences techniques, fournisseurs, procédures réglementaires et infrastructures peuvent soutenir les nouveaux projets. Cet avantage ne dispense cependant pas d’investissements adaptés pour les routes, l’énergie, l’eau, les installations de traitement et les moyens de transport jusqu’aux marchés.
Les infrastructures et la transformation décideront du rendement
La compétition internationale autour des minerais critiques améliore les perspectives de financement, mais elle renforce également les exigences des acheteurs et des pouvoirs publics. Des États-Unis à l’Union européenne, plusieurs partenaires cherchent à diversifier leurs approvisionnements. Le Botswana peut en tirer parti pour attirer des capitaux, comme l’illustre l’intérêt exprimé autour de K.Hill. Pour convertir cet intérêt en investissements, le pays devra offrir un environnement réglementaire prévisible et démontrer que ses projets peuvent produire selon les calendriers et les coûts annoncés.
Le bénéfice national dépendra aussi du niveau de transformation réalisé sur place. L’extraction seule crée une partie de la valeur; le traitement, les services miniers, la maintenance, les achats locaux et la formation peuvent l’élargir. Pour le manganèse destiné aux batteries ou les métaux contenus dans le minerai de cuivre-nickel, la transformation exige toutefois de l’énergie fiable, du financement et des clients. Construire des capacités sans débouchés suffisamment sécurisés pourrait exposer les projets à des coûts élevés et à une utilisation insuffisante des installations.
L’État devra également arbitrer entre les recettes immédiates, l’emploi, l’impact environnemental et la compétitivité à long terme. Des conditions de développement minier claires peuvent attirer les investisseurs tout en veillant à ce que les communautés proches des sites bénéficient de contrats, de formation et d’infrastructures. Une diversification réussie ne se mesure pas seulement au nombre de métaux présents dans le sous-sol, mais à la capacité de faire émerger des activités durables autour de leur production.
Le Botswana dispose d’un portefeuille en expansion et d’une raison économique forte d’accélérer sa diversification. Le prochain test sera la maturation des projets : Selebi et Selkirk devront confirmer leur faisabilité, K.Hill devra convertir ses étapes d’étude et de financement en décisions d’exécution, et Gcwihaba devra préciser la teneur de ses découvertes. Les ressources critiques peuvent devenir un pilier complémentaire au diamant, mais seulement si les investissements, les infrastructures et les débouchés progressent au même rythme que les annonces géologiques.
