Mise à jour du 23 octobre 2026 : la nouvelle étude de faisabilité bancable révise le coût du projet et précise les prochaines étapes.
Le projet Tiris, appelé à devenir la première mine d’uranium de Mauritanie, franchit une étape technique importante avec la publication d’une étude de faisabilité bancable. Celle-ci confirme un potentiel économique, tout en révisant nettement à la hausse les besoins d’investissement : le coût de construction atteint désormais 350 millions de dollars, soit 52 % de plus que dans l’estimation précédente. Aura Energy évalue à près de 400 millions de dollars le financement total nécessaire au développement du site.
La nouvelle étude valorise le projet à environ 500 millions de dollars et prévoit un taux de rentabilité interne après impôts de 28 %. Ce rendement reste positif, mais il est inférieur de 11 points à celui avancé dans le rapport technique de 2024. Dans le même temps, l’hypothèse de prix de l’uranium a été relevée de 12 %, à 90 dollars la livre. Ces évolutions montrent que la perspective économique tient, mais qu’elle dépend de capitaux plus importants et d’un marché favorable.
Une rentabilité confirmée, sous des hypothèses plus exigeantes
Le profil de production envisagé reste proche de celui présenté auparavant : environ 46,1 millions de livres d’oxyde d’uranium sur une durée de vie de 26 ans. Les réserves prouvées et probables progressent de 11 % pour atteindre 37,3 millions de livres, avec une teneur moyenne de 227 parties par million, contenues dans 74,6 millions de tonnes de minerai. Ces paramètres reposent sur le plan minier et le schéma de traitement retenus dans l’étude ; ils devront être confirmés par les essais pilotes et l’exécution industrielle.
Aura attribue la hausse des coûts à une ingénierie plus avancée de l’usine de traitement et à une consommation accrue de réactifs. La mise à jour du projet traduit donc un travail de définition plus poussé, mais elle réduit la marge de sécurité financière. Le financement total estimé, proche de 400 millions de dollars, dépasse de 50 millions le coût de construction annoncé, ce qui reflète les autres besoins nécessaires au développement et à la mise en route.
La société discute avec l’International Development Finance Corporation (DFC) des modalités d’une dette senior comprise entre 150 et 170 millions de dollars. Elle a également reçu une proposition entièrement financée, mais non contraignante, d’un fonds d’investissement américain dont le nom n’a pas été communiqué. Tant que ces discussions ne débouchent pas sur des engagements définitifs, la décision finale d’investissement ne peut être considérée comme acquise.
Le pilote et la décision d’investissement en ligne de mire
Aura prévoit de démarrer en novembre une usine pilote reproduisant l’ensemble du circuit de traitement. Plus de 80 tonnes de minerai doivent y être traitées afin de vérifier les performances de l’installation et de réduire l’incertitude technique avant la décision finale d’investissement, ciblée en décembre 2026. Si le calendrier est respecté, la construction du site durerait environ deux ans et la première production pourrait intervenir à la fin de 2028.
Le projet repose sur une mine à ciel ouvert dite « free-dig » : le minerai serait suffisamment tendre pour être extrait sans forage ni explosifs, puis traité sans concassage ni broyage. Ce schéma peut limiter certaines opérations et consommations énergétiques. Les essais devront néanmoins démontrer que les performances annoncées se maintiennent sur les différentes zones du gisement et dans les conditions d’exploitation prévues.
Pour Aura, Tiris pourrait « ouvrir une nouvelle province uranifère » en Mauritanie, alors que la demande mondiale de combustible nucléaire progresse. Cette perspective est soutenue par les prolongations de centrales et les projets de nouveaux réacteurs, mais les prix et les contrats d’achat demeurent cycliques. La valeur du projet dépendra donc aussi de sa capacité à sécuriser des débouchés suffisamment stables pour soutenir le financement.
La sécurité et l’acceptabilité locale à intégrer
Situé dans la région de Tiris Zemmour, à environ 1 100 kilomètres au nord-est de Nouakchott, le projet se trouve dans une zone éloignée où la logistique et la sécurité pèseront sur l’exécution. Sean Hagarty, analyste en sécurité et fondateur de Region Alert, indique que l’armée assure la sécurité dans la zone et a évacué des chercheurs artisanaux d’une bande de dix kilomètres le long de la frontière algérienne. Selon lui, le dispositif de sûreté d’Aura devra être construit en coordination avec les forces nationales.
La relation avec les communautés constitue un autre facteur de réussite. Hagarty relève que les populations locales évalueront un projet d’uranium à l’aune de deux préoccupations concrètes : la disponibilité de l’eau et les risques radiologiques. Ces enjeux appellent une information accessible, un suivi environnemental transparent et des mécanismes de dialogue avant l’entrée en exploitation. Ils ne peuvent être traités comme de simples exigences administratives, car ils conditionnent la confiance et la continuité des opérations.
À l’échelle nationale, Tiris pourrait diversifier le portefeuille minier mauritanien, générer des recettes et développer des compétences dans une nouvelle filière. Les retombées dépendront toutefois des achats locaux, de la formation, de la gestion de l’eau, de la sûreté radiologique et de la répartition des revenus. Le respect des standards de sécurité et de traçabilité sera essentiel pour attirer des acheteurs et des partenaires financiers de long terme.
La nouvelle étude renforce ainsi la visibilité de Tiris, sans lever les principaux points de décision. Le projet dispose d’un modèle économique actualisé et d’un programme pilote annoncé ; il doit encore boucler son financement, démontrer le traitement du minerai et préciser les mesures opérationnelles de sécurité et de gestion environnementale. La décision visée en décembre dira si Aura peut transformer les résultats de faisabilité en engagement de construction, avec un premier uranium attendu à la fin de 2028.
