L’Algérie prévoit de consacrer 71,6 milliards de dollars au secteur des hydrocarbures d’ici à 2030. Présenté par le ministre d’État chargé des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, devant la commission des finances de l’Assemblée populaire nationale, ce programme vise à renforcer l’exploration et la production tout en augmentant les capacités de transformation. Son ampleur est significative, mais son impact dépendra du rythme réel de mobilisation des capitaux, de l’exécution des projets et de la capacité à répondre à une demande intérieure en hausse.
Une enveloppe annoncée, des investissements à réaliser
Le montant de 71,6 milliards de dollars correspond à un programme d’investissement prévu à l’horizon 2030. Il ne s’agit donc pas d’une somme déjà dépensée ni d’un financement intégralement sécurisé. Selon les éléments présentés par le ministre, environ 52 milliards de dollars doivent être orientés vers l’amont pétrolier et gazier, notamment l’exploration et le développement des gisements. Quelque 13 milliards sont associés au raffinage et à la pétrochimie. Ces deux lignes principales ne résument pas nécessairement l’ensemble des dépenses couvertes par le programme.
La distinction entre annonce, engagement financier et réalisation sera déterminante. Dans un secteur où les projets mobilisent des capitaux élevés et s’étalent sur plusieurs années, l’écart entre enveloppe affichée et investissement exécuté peut être important. Le calendrier dépendra des décisions d’investissement, des contrats, de la disponibilité des équipements et de la progression des chantiers. Les chiffres présentés donnent ainsi une direction stratégique; ils ne garantissent pas à eux seuls l’achèvement des installations ni l’atteinte des objectifs de production.
Produire davantage pour préserver les volumes disponibles à l’export
L’objectif affiché est de porter la production primaire d’hydrocarbures à environ 201 millions de tonnes équivalent pétrole en 2030, contre près de 193 millions attendues en 2026. Cette progression doit contribuer à couvrir une consommation nationale en croissance et à maintenir des volumes exportables. L’équation est centrale pour l’Algérie : le pétrole et le gaz restent les principales sources de devises, mais ils alimentent aussi le marché domestique, l’industrie et la production d’électricité.
La hausse de la production brute ne se traduit pas automatiquement par une augmentation équivalente des exportations. Elle doit d’abord compenser le déclin naturel de certains gisements, répondre à l’évolution de la demande locale et tenir compte des capacités de transport et de traitement. Les projets d’exploration et de développement devront donc être mis en service au bon rythme pour stabiliser la production commercialisable. Le maintien des recettes dépendra également des cours internationaux, des contrats et de la fiabilité des infrastructures.
Les premiers indicateurs de 2026 illustrent l’importance de ces revenus, mais aussi leur exposition aux marchés mondiaux. Mohamed Arkab a fait état de 37,5 milliards de dollars de recettes d’exportation d’hydrocarbures sur les neuf premiers mois de l’année. Ce résultat reflète à la fois les volumes vendus et les conditions de prix sur la période. Il ne peut être extrapolé mécaniquement à l’ensemble de l’année ni servir, seul, de mesure de la performance des nouveaux investissements.
Raffinage et pétrochimie : capter plus de valeur localement
Le programme accorde également une place au raffinage et à la pétrochimie. L’enjeu consiste à transformer une part plus importante des ressources sur le territoire, à élargir la gamme de produits disponibles et à réduire certaines dépendances aux importations. Les autorités visent à faire progresser la part des hydrocarbures transformés localement à plus de 50 % de la production primaire, contre environ 30 % actuellement selon les données présentées.
Ce changement de structure peut améliorer la valeur captée dans le pays, mais il suppose des débouchés et une économie de projet solides. Les unités de raffinage et de pétrochimie nécessitent un approvisionnement régulier, des investissements complémentaires en stockage et en transport, ainsi qu’un accès à des marchés capables d’absorber les produits. Une capacité installée ne garantit pas qu’elle fonctionnera à son niveau nominal : la disponibilité des équipements, les coûts énergétiques et la maintenance pèseront sur les résultats.
Les choix d’investissement devront aussi arbitrer entre l’exportation de matières premières et la transformation nationale. Le raffinage peut répondre à la demande intérieure et créer des chaînes de valeur industrielles, tandis que la pétrochimie ouvre des débouchés vers les plastiques, les engrais et d’autres intrants. La réussite se mesurera par la montée effective des taux d’utilisation, la compétitivité des produits et la valeur ajoutée créée, plutôt que par le seul montant des budgets annoncés.
Le défi de l’amont : explorer, renouveler, attirer des partenaires
Avec la plus grande part de l’enveloppe dirigée vers l’amont, l’Algérie entend renouveler ses ressources et consolider ses capacités de production. L’effort doit couvrir les travaux d’exploration, le développement de découvertes et la modernisation des installations existantes. Le ministère a également indiqué que Sonatrach avait enregistré 17 découvertes depuis le début de 2026. Une découverte ne devient toutefois une production qu’après des évaluations techniques et économiques, puis des décisions de développement et la construction des équipements requis.
L’accès aux technologies, au financement et aux compétences reste un facteur de compétitivité. Les autorités cherchent à attirer des partenaires sur des projets d’exploration et de développement, tout en s’appuyant sur Sonatrach. Les modalités contractuelles, la visibilité réglementaire et la capacité à partager les risques pèseront sur l’intérêt des investisseurs. Dans un marché où les entreprises arbitrent entre plusieurs bassins, les annonces doivent être suivies de calendriers précis et d’appels d’offres capables de convertir les opportunités en travaux effectifs.
La mesure du succès se jouera dans l’exécution
Le plan répond à une contrainte de long terme : éviter que la croissance de la demande intérieure et le déclin de certains champs réduisent la marge disponible pour les exportations. Mais ses effets ne seront pas immédiats. La production dépendra du délai entre exploration et mise en service, tandis que les projets industriels devront franchir les étapes de financement, de construction et de montée en régime.
Pour suivre le programme, plusieurs indicateurs seront plus parlants que l’enveloppe globale : dépenses effectivement exécutées, nouveaux projets ayant atteint une décision finale d’investissement, évolution de la production commercialisable, taux d’utilisation des raffineries et part de la production transformée localement. Le respect des échéances et la qualité des partenariats permettront également d’évaluer la capacité du pays à traduire cette ambition en actifs opérationnels.
Les 71,6 milliards de dollars donnent à l’Algérie un cadre d’investissement conséquent pour la décennie. Le résultat dépendra néanmoins de la cohérence entre l’amont, le transport, le raffinage et les débouchés. Si ces maillons avancent ensemble, le programme peut contribuer à maintenir les recettes d’exportation tout en développant davantage de valeur ajoutée locale. Si les projets prennent du retard ou si la demande intérieure absorbe une part croissante des volumes, la préservation des exportations restera un objectif difficile à atteindre.
